L’Orfeo Barockorchester nous propose un pétulant voyage au sein des symphonies de Franz Xaver Richter, l’un des maîtres de l’école de Mannheim.
On sait finalement peu de choses sur Franz Xaver Richter (1709-1789), sinon qu’il fut, à partir des années 1747, l’un des membres importants de l’école de la cour de Mannheim, qui allait poser à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle les bases de la symphonies classique.
Et il ne faut pas se fier à l’unique portrait que l’on possède de lui, austère et renfrogné. Sa musique est au contraire pleine de verve et d’humour. L’ensemble autrichien de L’Orfeo Barockorchester, sous la direction de Michi Gaigg, nous en offre un brillant exemple à travers l’enregistrement de quatre des 69 symphonies qu’il nous a léguées.
Avec Franz Xaver Richter, comme avec toute l’école de Mannheim (Carl et Johann Stamitz, Christian Cannabich, etc), s’opère la transition entre le baroque et le classicisme viennois. L’orchestre s’étoffe avec de nouvelles couleurs apportées par les vents et les bois, la basse continue disparaît (même si Richter va encore utiliser le clavecin), et surtout on innove avec des effets sonores parfois impressionnants (fusées, crescendos, tremblements, etc).
Preuve en est avec l’impressionnante Singonia con fuga en sol mineur qui ouvre le disque de L’Orfeo Barockorchester. Cette œuvre, composée vers 1760, est assez atypique. Tout d’abord dans sa forme très particulière avec un premier mouvement imposant de 13 minutes, précédant deux mouvements très brefs, dont un final d’à peine 2 minutes. Mais également dans le fond, tant le caractère religieux et spirituel prédomine par rapport aux ambiances plutôt « galantes » des symphonies de l’époque. La Sinfonia s’ouvre ainsi par un adagio dramatique qui pourrait tout droit venir d’un oratorio ou d’une Passion avant d’enchaîner sur une fugue solennelle au contrepoint rigoureux qui va se développer pendant plus de 10 minutes. C’est une véritable Passion du Christ que nous fait vivre Franz Xaver Richter dans cette page puissante à laquelle s’enchaînent un andante apaisé et un presto jubilatoire comme un chœur final. Les cordes vivantes, les bois et vents discrets mais chaleureux de L’Orfeo Barockorchester, sous la direction précise de Michi Gaigg sont les interprètes inspirés de cette Sinfonia qui apparaîtra pour beaucoup comme un authentique chef-d’œuvre.
Après une page d’une telle force, il ne faut pas négliger les trois autres symphonies qui lui succèdent sur cet album, bien au contraire. La Symphonie en si bémol majeur de 1750 est totalement inédite. Composée exclusivement pour les cordes (et le continuo de clavecin), cette page assez brève (une dizaine de minutes), beaucoup plus classique de forme, se révèle pleine d’humour. On sent encore le baroque tardif, l’influence italienne dans ces élans, ces coups secs d’archet. A noter le final étonnant, intitulé « La Confusione« , où Franz Xaver Richter divise son orchestre en deux avec des indications ryhtmiques différentes, pour créer une « confusion » totalement maîtrisée mais irrésistible.
Composées toutes deux au début des années 1760, les Symphonies en ré mineur op.3 n°4 et en sol majeur op.4 n°6 sont caractéristiques de l’époque de Mannheim. On y trouve des allegro orageux, des andante lyrique, des fins tumultueuses où les cors s’en donnent à cœur joie. Le mouvement introductif de la Symphonie op.4 n°6 pourrait même passer pour une ouverture d’opéra avec ses accords emphatiques, ses mélodies qui s’enchaînent et sa « fausse fin » débouchant sur un andantino charmant. Tout l’orchestre, mais également nos oreilles, sont à la fête.
« On ne peut croire le feu de cette musique » disait Mozart, admiratif du talent de Franz Xaver Richter. Nous confirmons, et L’3Orfeo Barockorchester sait attiser ce feu avec beaucoup de passion.