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À deux : Ma vie avec Dimitri Chostakovitch

Réalisatrice, publie « À deux : Ma vie avec  », un témoignage intimiste concernant la vie du compositeur, recueilli auprès de sa troisième femme, Irina Ivanovna.

Loin de toute démarche musicologique, l’originalité de ce récit tient à sa double approche, comme les deux faces d’une même médaille : l’une historique, « avant Chostakovitch », celle de la petite fille dans Leningrad assiégée, l’autre plus intimiste, « avec Chostakovitch », celle de la femme que le compositeur épousera en 1962, à l’âge de 56 ans, et avec laquelle il vivra pendant treize années jusqu’à sa mort en 1975.

Irina Antonovna Chostakovitch, âgée de 27 ans lors de son mariage, éditrice et archiviste, troisième épouse du compositeur, a partagé les treize dernières années de la vie du compositeur veillant sur son œuvre sans jamais raconter la sienne. Il aura fallu dix ans à la cinéaste pour vaincre cette réticence et qu’elle accepte enfin de témoigner, car plus qu’un récit, il s’agit, ici, d’un témoignage intime, sincère, nimbé d’admiration et d’amour. A partir d’un long entretien filmé lors d’une seule journée, qui fournira la matière première du documentaire « Deux. L’histoire de la femme de Chostakovitch », la réalisatrice a réalisé cet ouvrage permettant une restitution de cette parole rare.

Irina Antonovna y raconte comment ils se sont rencontrés, comment il était dans la vie de tous les jours, comment il composait de la musique et craignait de perdre son inspiration, comment ils ont lutté pendant des années contre sa maladie jusqu’à son décès. Loin de toute révélation tapageuse, d’une simplicité, dénuée de pathos, bien dans ses manières, elle dresse le portrait d’un compositeur avant tout humain et d’une intégrité sans faille dans la tourmente stalinienne, avec ses frayeurs, ses doutes, ses craintes, ses amitiés (Britten, Anna Akhmatova, Brodsky, Soljenitsyne…) et enfin sa maladie (insuffisance coronarienne, maladie de Charcot et cancer du poumon) qui l’emportera le 9 août 1975.

Ce témoignage qui paraît quelque cinquante ans après la disparition du compositeur est une pierre de plus dans l’édifice que la veuve a construit pour son mari, et dont la musique est devenue depuis une trentaine d’années un incontournable des salles de concert. Il constitue aussi – entre les lignes – avec humilité mais fermeté, un testament pour qu’ elle-même ne soit pas oubliée.

Lire notre entretien d’Elena Yakovich, qui évoque son travail sur Irina et : 

Elena Yakovich, la réalisatrice de l’intelligentsia résistante à l’ère soviétique

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