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150e anniversaire de la naissance de Manuel de Falla : des célébrations tous azimuts

Alors qu’on célèbre cette année 2026 le 150e anniversaire de la naissance de , les hommages rendus au compositeur gaditan continuent, qu’il s’agisse de récital à Malaga () ou encore de pantomime (l’Amour sorcier) ou d’opéra (La Vie brève) à Jerez.

Récital de au Teatro Cervantes de Malaga

Entre duende et passion, la soprano , accompagnée au piano par , a ouvert la saison lyrique au Teatro Cervantes de Malaga avec un récital haut en couleurs. Conçu comme un itinéraire au travers de la musique espagnole, ce récital très éclectique mêle dans un savoureux syncrétisme, musique savante et musique traditionnelle. Si , natif de Cadix, est surtout connu pour sa musique orchestrale, il accorde également une place importante à la voix dans La Vida breve, comme dans les non moins célèbres Siete canciones populares espagnolas.

Quatre mélodies extraites de l’opéra La Vida breve (1905-1908) ouvrent le concert s’inscrivant dans une section éminemment lyrique, teintée de fragrances hispanisantes, comme autant d’occasions pour la soprano Berna Perles de faire valoir ses qualités vocales sans faille où l’on apprécie tout à la fois, la beauté du timbre, la projection bien contrôlée, le large ambitus avec des graves bien timbrés, autant que son incarnation scénique, très convaincante, empreinte d’accents véristes quasiment pucciniens, exaltée par un piano tout de nuances douloureuses, en symbiose avec la voix. Suivent en deuxième partie les Siete canciones populares espagnolas (1914) directement inspirées du folklore espagnol (Séguedille, chant asturien, Jota aragonaise, berceuse et chant andalou, flamenco enflammé…) portées par un piano et un chant pleins de passion, de verve (Jota et Polo) ou d’indicible et d’ intraduisible duende (Cancion et Berceuse) comme une mystérieuse et ineffable exhalation de l’âme chantée naguère par Lorca.

Parmi les compagnons de route de , deux sont convoqués : Àngel Barrios (1882-1964), ami intime de Manuel de Falla à Grenade, fervent gardien de ses œuvres après le départ du compositeur pour l’Argentine et (1882-1949) ardent défenseur du nationalisme musical espagnol. Deux compositeurs étroitement associés au flamenco et au folklore. Le fil du concert, dès lors, se tend vers la musique plus traditionnelle et populaire avec un chant plus syncopé, une incarnation plus extravertie où passion et duende s’entrelacent dans les méandres du piano et de la voix (souplesse de la ligne et aigus filés forçant l’émotion).

Une série de coplas (chansons populaires) andalouses traditionnelles dues à (1899-1988) achève dans une véritable pyrotechnie vocale et pianistique ce superbe récital avec un poignant « Me embrujaste » (tu m’as ensorcelé) à vous tirer les larmes !

Un diptyque iconique : El Amor brujo/La Vida breve au Teatro Villamarta de Jerez

Un diptyque qui associe deux formes d’expression artistiques différentes, la danse et l’opéra, réunies autour du flamenco pour souligner encore les racines andalouses du compositeur, porté par un orchestre flamboyant () au sein d’une mise en scène virtuose, abstraite et symbolique, noire et épurée, signée par Carlos Roó, exaltée par les costumes de Jesus Ruiz et les lumières de David Bernuès.

Pour le metteur en scène, Carlos Roó, « Il s’agissait de créer un univers esthétique et sonore pour ces deux œuvres », qui illustrent les deux facettes de l’amour et de la vie de deux femmes, Candelas dans « El amor brujo » et Salud dans « La vida breve » : l’une triomphe des épreuves, l’autre en est submergée…

El Amor brujo est une pantomime dansée avec petit orchestre et chant (cantaora flamenca). Elle est née en 1914 (remaniée en 1925) de la rencontre du compositeur et de l’écrivaine Maria Lejarraga qui en écrivit le livret, chargé de sensualité, de sortilèges et de passion gitane, en s’inspirant de la célèbre danseuse de flamenco Pastora Imperio, commanditaire de l’oeuvre.  Cette immersion dans le folklore gitan culmine dans la « Danse rituelle du feu » qui en constitue le climax par son rythme obsédant, son crescendo dramatique jusqu’à la transe ; le cante jondo andalou et la gestique flamenca étant chargés d’en acutiser l’incantation magique.

Le livret nous conte l’histoire de Candelas, une femme tourmentée par le fantôme de son mari infidèle et défunt. Pour se libérer de son amour obsessionnel et pouvoir vivre avec Carmelo, son nouvel amant, elle exécute la célèbre « Danse du feu ». Dans une démarche symbolique, le personnage du Spectre revêt une importance considérable, car il représente le fardeau vital qui nous empêche d’aller de l’avant, interprété par le danseur flamenco (également chorégraphe), tandis que le rôle de Candelas est dévolu à la danseuse Lorena Moreno et celui de la cantaora à Erika Leiva, chanteuse de copla renommée. La chorégraphie au demeurant très réussie mêle danse classique contemporaine et danse flamenca dans un mélange plein d’entrain, d’émotion et de duende, servie par toutes les figures spécifiques du flamenco (zapateado, floreo, braceo et ayeos de la cantaora…)

La Vida breve. Ce drame lyrique en deux actes répondait à un concours organisé par l’Académie des beaux arts de Madrid en 1904. Si le livret de Carlos Fernandez Shaw n’a rien de bien original, c’est dans dans la musique, son côté vériste, ses couleurs espagnoles qu’il faut chercher les raisons de son immense succès. La Vida breve nous raconte l’histoire tragique de Salud, une jeune gitane séduite puis abandonnée par Paco, un jeune homme riche sur le point d’épouser une femme de son rang (Carmela). Salud retrouve Paco au moment du mariage de ce dernier et meurt de chagrin à ses pieds. Utilisant la même scénographie épurée, imprégnée de deuil que pour l’oeuvre précédente, en propose une lecture dramatique d’une émouvante simplicité, bouleversante, sans pathos excessif. Dans le rôle principal la soprano se montre irréprochable vocalement par la beauté de son timbre, sa projection puissante et son large ambitus avec des graves profonds. Face à elle le ténor Antoni Lliteres (ténor qui fait ses débuts au Théâtre de Villamarta) campe un Paco digne d’éloges par son élégance et sa ligne de chant racée en parfait accord avec son personnage. Figure de deuil, omniprésente, la mezzo Leticia Rodríguez (Grand-mère de Salud) et dans le role de l’oncle se montrent parfaitement convaincants, tant vocalement que scéniquement, au même titre que le splendide Chœur du Théâtre Villamarta qui se pose en véritable acteur du drame. L’Orchestre betica de Sevilla, plein d’ardeur et de nuances sert avec brio la dramaturgie sous la direction juste et engagée de Carlos Dominguez-Nieto. On ne saurait oublier les poignants couplets du cantaor Alfredo Tejada, la guitare d’Abraham Lojo et encore une fois la troupe de danseurs flamencos d’ pour que la fête soit complète !

Crédit photographique : © Gemma Escribano ; © Esteban Abion ; Miguel Angel Gonzalez 

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