Le Centre de développement chorégraphique national La Place de la Danse a ouvert sa saison sur un week-end de créations contemporaines en plein air, au cœur du quartier de l’Université du Capitole et de La Reynerie à Toulouse.
Après une première édition intitulée Le Jour de la Danse en 2025, La Place de la Danse était de retour le temps d’un week-end de ce début octobre, avec une programmation enrichie faisant découvrir la richesse de la danse contemporaine dans les rues et jardins de Toulouse. Pièces actuellement en tournée, répertoire, sortie de résidence, création avec des amateurs et même bal-fête chorégraphique, ces deux jours étaient une belle occasion de s’immerger dans l’univers de la danse contemporaine sous toutes ses formes.
Formée au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, puis à la Folkwang Universität der Künste en Allemagne, Anouk Orignac a présenté Colère#2, qui comme son titre l’indique, est une seconde version d’une pièce créée en 2024. Il s’agit d’un dispositif de médiation culturelle pour lequel elle a recruté une quinzaine de jeunes âgés de 15 à 20 ans, amateurs ou étudiants en danse et en théâtre. Chaque week-end de septembre, le groupe, la metteuse en scène et l’accompagnatrice Fanny Do se sont réunis pour travailler sur la représentation scénique des émotions. Le résultat est une véritable bouffée d’air frais. Si la colère est bel et bien au centre de la construction du spectacle, elle est aussi un prétexte pour laisser s’exprimer la fougue et l’exaltation, en plus d’une liesse collective contagieuse sur fond de hip-hop et de danses street. Anouk Orignac est parvenue à mettre en valeur les individualités théâtrales et chorégraphiques de chaque jeune, si bien qu’une belle synergie se dégage entre les différentes personnalités et formations techniques.
Le festival a également proposé une étape de travail de la prochaine création de Yaëlle Antoine, Le lichen prend racine comme Rosa prend le bus, sous la forme d’une marche performative au sein de parc du Château de la Reynerie. Les « éclats » de spectacle présentés par la circassienne ont tous été créés la semaine précédant la déambulation, spécialement pour et dans le superbe jardin toulousain. Néanmoins, sa tentative d’aborder le matrimoine demeure pour le moment décousue et sans direction claire. Son équipe de sept danseuses, musiciennes et circassiennes alterne danse, acrobaties, équilibrisme et tirades sur fond de musique « ambient » expérimentale, ou accompagnées des voix des chanteuses des Chœurs du Lac. Entièrement vêtues de noir, elles invitent le public à les suivre à travers arbres, fontaines et bâtiment ancien, pour lui présenter diverses figures féminines énigmatiques, parodiques, satiriques, voire caricaturales. L’utilisation habile de l’environnement et l’engagement corporel total des interprètes sont toutefois de véritables points forts.
Le préau de l’école Didier Daurat abrite, quant à lui, une pépite du répertoire contemporain. Trois représentants de l’association C.C.I.N.P, le Centre Chorégraphique International de Nulle Part, ont fait le déplacement pour remplir leur mission de valorisation et de préservation de l’héritage du chorégraphe américain Andy de Groat. Ils présentent ainsi à quatre reprises durant le week-end Rope Danse Translations, un format court de 15 min, créé en 1974. Cette création se penche sur les effets de la force centrifuge sur des cordes, exercée au moyen de la technique du spinning, principe de giration dont le chorégraphe était un spécialiste. En perpétuel mouvement, chacun des trois danseurs explore tour à tour les possibilités géométriques offertes par le fait de tourner sur soi-même, tout en manipulant trois cordes de façon à créer des formes sans cesse renouvelées. Minimaliste et austère, l’ensemble n’en est pas moins hypnotisant, on a apprécié donc la diversité de proposition de cet évènement culturel toulousain, dont le reste de la programmation devait être, sans aucun doute, tout aussi enrichissant.