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Premiers volets d’une nouvelle intégrale viennoise des Symphonies de Mahler par Andris Nelsons

Le chef letton poursuit avec un bonheur inégal son exploration du grand répertoire symphonique. Après ses enregistrements moyennement convaincants des neuf symphonies de Beethoven à Vienne puis des dix de Bruckner à Leipzig, il n’a réellement convaincu que dans son cycle Chostakovitch à Boston. Les premiers volets d’un ensemble Mahler annoncé à Vienne laissent une impression très mitigée.

Alors que DGG annonce un cycle Mahler complet par l’ sous la direction d’, C Major publie séparément quelques symphonies captées lors de concerts de l’orchestre, sans que l’on sache si les mêmes enregistrements seront repris dans le cycle audio ou non. En tout état de cause, ces deux symphonies ne s’avèrent que très moyennement convaincantes.

Pour l’immense Troisième captée lors du festival de Salzbourg, Nelsons réussit incontestablement le démesuré premier mouvement avec ses mélanges de passages tantôt héroïques tantôt lyriques et ses marches militaires. Mais le menuet qui suit et même le scherzo ne retrouvent pas, en dépit de la splendeur de l’orchestre, le même niveau de réussite et s’enlisent quelque peu, faute d’une direction suffisamment attentive à la grande forme et qui se perd dans les détails instrumentaux. On retrouve le meilleur de la direction de Nelsons lorsqu’il accompagne Violetta Urmana dans le magnifique lied sur un texte tiré du Also spracht Zarathoustra de Nietzsche. Et rarement le bref chœur du cinquième mouvement aura sonné avec autant de transparence et de fraîcheur. Dommage que l’immense adagio final se perde lui aussi dans une langueur et un ennui sonore à la longue soporifiques. Cela n’est pas dû au tempo de Nelsons car, avec le même orchestre, Bernstein, pourtant plus lent, soutenait une tension formidable jusqu’à la grandiose péroraison finale. Nelsons ne parvient pas à égaler ses deux grands prédécesseurs à Vienne, Bernstein donc en vidéo (1972, DG), démiurgique, et Abbado en audio (1980, DG également), d’un lyrisme et d’une tendresse inégalées.

Les mêmes Viennois au Konzertverein (où l’immense orchestre se tasse sur l’estrade) nous offrent deux ans plus tard une Septième tout aussi inégale. Plastiquement superbe, la moins aimée des symphonies de Mahler, tant certains critiques répètent à l’envi que le final en est le point faible (ce qui nous a toujours semblé injuste car il ne nous paraît pas démériter par rapport à celui de la 5°, point de comparaison légitime à nos yeux) oscille entre mouvements réussis à l’image du sombre Kräftig initial et les « Nachtmusiken » (2e et 4e mouvements) trop attachées aux détails instrumentaux au point de frôler la mièvrerie. C’est dommage, et l’on attend la suite du cycle pour juger, en se demandant si, depuis le très contesté ensemble de Lorin Maazel, il n’y a pas toujours une certaine malédiction qui poursuit les Viennois avec leur (très) ancien chef compositeur ; force est de constater que les réussites des musiciens dans le monde des symphonies de Mahler sont restées isolées et dues à quelques très grands chefs comme Abbado, Bernstein ou Boulez qui, dans des styles très différents, ont su mener leurs instrumentistes au sommet. Nelsons est encore bien loin d’approcher ses glorieux ainés.

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