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Les fresques sonores d’Ashkenazy

Orchestre de la Philharmonie Tchèque

La venue du mythique orchestre de la Philharmonie Tchèque est l’un des temps fort de cette année culturelle franco-tchèque. Cette phalange prestigieuse, qui a vu défiler Vaclav Talich, Rafael Kubelik ou encore Charles Mackerras, actuellement dirigée par , est venue donner une série de concerts à la Cité de la Musique. Au programme de cette deuxième prestation : une œuvre du plus francophile des compositeurs tchèques, Martinu, un Dvorak peu connu et deux piliers du répertoire français.

Les Fresques de Piero della Francesca, œuvre tardive du Martinu exilé en France – sur la Côte d’Azur pour être plus précis – ouvrait ce concert. Œuvre au lyrisme foisonnant, Ashkenazy et ses forces en donnent une vision très expansive en faisant ressortir les innombrables détails d’orchestration – les six violons solistes du premier mouvement par exemple – au détriment d’une certaine vitalité rythmique. Toute tension en est ainsi gommée, la primauté revenant à la beauté sonore plastique, dans laquelle excelle cet orchestre.

Le Concerto pour violon de Dvorak, composé à l’origine pour Joseph Joachim qui le refusa car « pas assez virtuose » est une œuvre vive, colorée mais dont l’inspiration n’est pas toujours égale. Interprétation sans faille de la Philharmonie Tchèque, qui baigne ici dans son élément, mais qui, malgré les beautés sonores rendues, ne parvient pas à nous faire oublier la banalité des deux premiers mouvements. La jeune Elisabeth Batiashvili ne manque pas d’aplomb dans cette partition qui ne ménage aucune facilité au soliste, mais n’arrive pas non plus à relever un discours musical assez quelconque.

Jeux est sans nul doute, avec le Martyre de Saint-Sébastien la partition la plus énigmatique de Debussy. en privilégie une approche trop exclusivement analytique, basée sur les agencements sonores novateurs créés par le compositeur, au détriment d’une certaine homogénéité. Il manquait à cette interprétation d’une pièce ô combien complexe un fil conducteur, qui en a fait un kaléidoscope de couleurs orchestrales.

Les musiciens semblent plus à leur aise dans l’orchestration opulente de la Rhapsodie Espagnole de Ravel. Ashkenazy privilégie des tempos plutôt rapides et souligne le côté radieux, lumineux et méditerranéen de la partition. Son orchestre – parfaitement maîtrisé – ne rue jamais dans les brancards et nous offre une lecture mesurée et sans retenue, en mettant en valeur sa principale qualité : un timbre inimitable.