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Christian Thielemann dirige le Philharmonia, graine de Karajan

Points d’orgue du printemps de Baden-Baden, les deux concerts du de Londres ont mis en exergue l’énigmatique dont la personnalité plus ou moins contestée, surtout en France, fait l’admiration des Allemands depuis qu’il participe activement aux destinées artistiques du Festival de Bayreuth.

Un mètre quatre vingt sept, une bonne centaine de kilos, un menton carré agrémentant un visage de poupon, toutes les caractéristiques du chef allemand en vue sont suggérées par ces seules particularités morphopsychologiques. aspire à une certaine finesse tout en conservant le côté parfois gauche et naïf des grands chefs germaniques. Sa musicalité s’en ressent de toute évidence. Ses deux concerts de Baden-Baden à la tête d’un Philharmonia de Londres d’exception ont mis en évidence les différentes facettes de son talent sans doute encore partiellement en pleine maturation…

La presse allemande voit en Christian Thielemann un « nouveau Karajan », un chef charismatique et idolâtré qui permettrait à la vie musicale allemande de retrouver sa prépondérance en Europe. Pourtant, il n’a de point commun avec le chef autrichien que l’habitude de diriger par coeur et de manifester une réelle prédilection pour la musique romantique. Il était d’autant plus passionnant de le voir à l’oeuvre lors du premier concert, ou il a donné le Prélude à l’après-midi d’un faune et La Mer de . Sous sa direction, l’impressionnisme devient expressionniste. Face à l’abîme de la mer, Thielemann ne peint pas de sentiment ressenti mais les éléments maritimes sans prétendre au second degré. De même, le Prélude devient une narration sensuelle sur fond de mythologie à l’eau de rose. Ces options sont pertinentes, d’autant qu’elles se révèlent remarquablement efficaces, surtout magnifiées par les somptueuses couleurs du Philharmonia. Le troisième mouvement de La Mer est ainsi devenu une sensationnelle évocation de la tempête.

Pour son second concert, Thielemann a dirigé deux préludes de Wagner, ceux des premiers actes de Lohengrin et de Tristan und Isolde, ainsi que deux poèmes symphoniques de Strauss, Mort et transfiguration et Till l’Espiègle. Chantant dans son jardin, le chef allemand atteste une finesse insoupçonnée qui souligne les aspects merveilleusement formels de ces œuvres, particulièrement celles de Strauss. L’on retiendra cependant une Mort d’Isolde orgasmique et un prélude de Lohengrin extraordinairement fouillé. Ce second programme s’est conclu sur une restitution littérale mais épurée de la Pathétique de Tchaïkovski. Le deuxième mouvement ont été superbement aériens, les violoncelles du Philharmonia semblant danser avec la mort à force de rythmes syncopés et de détails extraordinairement suggestifs. Christian Thielemann s’impose par son énergie communicative, sa bienveillante façon de partager la responsabilité d’une interprétation avec l’orchestre qu’il dirige.

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