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Georges Pludermacher – Schubert revisité

Après avoir enregistré une somptueuse intégrale des sonates de Beethoven qui ponctuait déjà à l’époque de mémorables Flâneries musicales d’été de Reims, récidive, cette fois avec la parution d’une intégrale des sonates de . Réalisé en concert en août 2001 et juillet 2002 au CNR de Reims dans le cadre du même festival, cet enregistrement des quatorze sonates pour piano est enrichi des quatre Impromptus D. 935 et des trois premiers Moments musicaux D. 780.

Pédale harmonique

Lors de l’enregistrement en 1998 de l’intégrale des sonates pour piano de Ludwig van Beethoven, , pianiste unanimement célébré pour son talent et son rôle dans la défense de la musique contemporaine, n’avait pas, selon ses propres termes, pour ambition ni prétention à «faire concurrence à l’Olympe des grands beethovéniens presque tous «multi-intégralistes» au disque comme au concert (Schnabel, Horszowski, Backhaus, Fischer, Solomon, Serkin, Arrau, Nat, Kempff et plus près de nous Brendel) …» Il s’agissait pour le virtuose d’ouvrir une voie nouvelle dans l’interprétation en utilisant un «outil pianistique» inédit qui prenait forme dans l’adjonction au piano moderne d’une quatrième pédale, dite «harmonique» conçue par Denis de la Rochefordière. Par son action sur les étouffoirs et sa double sensibilité d’enfoncement, la pédale harmonique permet à l’artiste de sélectionner les résonances en fonction des notes jouées. Les sons peuvent alors être, à la fois, brefs et prolongés ou conservés en écho (rémanence) donnant ainsi l’impression auditive du jeu d’un orchestre.

Résonance symphonique

Avec cette deuxième intégrale consacrée aux sonates pour piano de , l’artiste reste tout aussi évidemment que dans Beethoven loin de vouloir se mesurer aux grands schubertiens que sont Schnabel, Kempff, Arrau, Brendel, Badura-Skoda, entre autres. Il livre sa propre interprétation en exploitant la «pédale harmonique» avec sensibilité mais aussi force et humilité. Un nouvel univers schubertien s’ouvre alors : la dynamique, les rythmes, les couleurs, les mélodies paraissent «transfigurés». Dans le premier mouvement molto moderato de la Sonate en si bémol majeur D. 960 c’est le violoncelle qui semble accompagner le piano. Dans le morceau initial de la Sonate en la mineur D. 784, les roulements de basses sont de véritables timbales rythmant la marche héroïque et solennelle. Georges Pludermacher multiplie ainsi les effets avec délicatesse sans jamais porter atteinte à la partition ni aux intentions du compositeur. L’ensemble est extraordinaire, même s’il est loisible de douter de l’emploi de la «pédale harmonique» dans l’interprétation d’une «œuvre de jeunesse» comme la Sonate en mi majeur D. 157. En revanche, le pianiste acquiert dans les quatre Impromptus D. 935 une grande liberté d’expression, proposant une vision nouvelle et proprement bouleversante de ce magnifique recueil.

Les pianos Blüthner fabriquent actuellement les premiers pianos de concert à pédale harmonique.