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La leçon de piano de Christian Zacharias

Le 34ème Festival de l’Orangerie de Sceaux aura en tous points été un grand millésime. Tout au long des week-ends de juillet, août et septembre, le succès était aux rendez-vous proposés par et son équipe enthousiaste. En cette année 2003 qui célèbre le vingtième anniversaire de la disparition du grand violoniste Alfred Lœwenguth et le dixième de celle de son frère, l’excellent violoncelliste Roger, le Festival de l’Orangerie a su, une fois de plus, affirmer son originalité, son esprit d’ouverture et sa belle générosité musicale. Loin des mondanités, dans une ambiance où prévalent l’amitié et la convivialité, plusieurs générations de musiciens se sont côtoyées dans la ferveur et l’amitié.

, visiblement heureux d’être là, à clôt le festival avec une maestria et une élégance confondantes. Et, comme de coutume, sa maîtrise, sa technique époustouflante, le raffinement et la clarté de son jeu, sa prodigieuse mémoire étaient au service de la musique et d’un texte qu’il transfigure avec une simplicité et une humanité qui sont un vrai bonheur. Il respire avec son piano ; il vit avec l’auteur qu’il interprète avec un phrasé superbe et une profondeur d’âme émouvante. Dans le public, l’excellent violoniste Gérard Poulet qui fera partie de l’édition 2004 du Festival était sous le charme.

La Fantaisie en ut mineur de 1782 que Mozart laissa inachevée avant qu’elle ne soit génialement complétée par l’abbé Stadler lui va comme un gant. Il est vrai aussi que cette œuvre sert admirablement les pianistes. Mais lui donne cet élan et cette dimension qui correspondent à cette somptueuse préfiguration beethovenienne. Il fait ensuite briller la savante polyphonie du Rondo en fa majeur jusqu’à la superbe coda avec ses entrées fugato. On est fasciné par le parti pris que ce grand pianiste tire de la savante élaboration des Dix variations en sol majeur, sur un air de Gluck « Unser dummer Pöbel meint… » d’après l’opéra-comique de Gluck Les Pèlerins de La Mecque. On sourit au côté quelque peu bouffon de la Marche funèbre en ut mineur K. 453, alias Marche funèbre del Signor Maestro Contrapuncto composée en 1784 pour l’album de Babette Ployer à qui Mozart avait dédié les Quatorzième et Dix-septième concertos. Brillance, inquiétude, intimité et passion dominent dans la magnifique Sonate en ut mineur, probablement l’une des plus belles sonates de Mozart, achevée en 1785 et dédiée à Teresa von Trattner. Christian Zacharias nous offre six sonates de Scarlatti avec une élégance, une virtuosité, un sens du texte qui correspondent admirablement à ces Exercices pour clavecin pour lesquels Scarlatti disait qu’il « s’agit d’un ingénieux badinage de l’art pour s’exercer au jeu hardi sur le clavecin », avant de conclure : « vis heureux ».

En bis, Christian Zacharias est passé en mode majeur avec une puissante et impressionnante Sonate n° 2, op. 10 de Beethoven. , Pierre et Annie Benoit peuvent commencer à envisager 2004 avec bonheur, tandis que leur ami Christian Zacharias est en octobre au Théâtre des Champs-Elysées avec son Orchestre de Chambre de Lausanne pour un Requiem de Haydn qui promet un grand moment d’émotion.