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Un ballo in maschera

Opéra national de Montpellier, Viva Verdi

Après La Dame de Pique et le Freischütz, l’Opéra de Montpellier, poursuivant une programmation 2003-2004 tout à fait exceptionnelle, présentait au Corum Le Bal Masqué de Verdi, un des grands chefs d’œuvre pour la voix du compositeur italien. Il sera crée le 17/O2/1859 au théâtre Apollo de Rome sur un livret d’Antonio Somma d’après Le Bal Masqué — ou Gustavo III — d’Eugène Scribe après des démêlés aussi inextricables que mesquins avec la censure qui fit échouer la création à Naples comme l’aurait souhaité Verdi.

Doit-on imputer aux refontes successives de l’intrigue dramatique les faiblesses du livret de Somma ? La soumission sans appel d’Amélia face à la fureur d’un époux jaloux ne peut certes que nous insupporter… mais jamais encore Verdi n’avait doté ses héros d’une écriture vocale aussi somptueuse, jamais encore le Bel Canto n’avait à ce point révélé son pouvoir absolu, s’élevant sans une ombre vers les cimes de l’émotion. Saluons d’abord l’éblouissante prestation de Susan Neves/Amélia, soprano dramatique au registre ample et généreux qui sut obtenir les demi-teintes et la légèreté des aigus exigés par la partition. Si l’on peut regretter, chez cette dame plus qu’imposante, un manque de prestance scénique, il en va tout autrement de son partenaire Gustavo III, ténor d’une jeunesse étonnante — à peine trente ans — qui campe un roi fougueux et élégant, jouant de sa « superbe » pour tenir son rôle de galant. Si le registre aigu manque un peu d’aisance, la souplesse, les couleurs et la projection de la voix sont un ravissement tout au long de l’opéra hormis quelques faiblesses qu’une partition d’une telle virtuosité peut excuser. Ce n’est qu’au troisième acte que l’on peut apprécier l’ampleur et la belle homogénéité du timbre du baryton que Verdi fait souvent grimper dans le registre du ténor. Si Renato n’est pas a priori un personnage bien sympathique, le jeu scénique un peu stéréotypé d’ dans son rôle de mari trompé n’est guère convainquant. La voix délicate, pleine de fraicheur et d’une verve incomparable de incarne un délicieux Oscar proche du Cherubino de Mozart et parfait entremetteur qui insuffle l’élan de la jeunesse et le dynamisme au sein d’une société parfois un peu figée.

Si la mise en scène n’évite pas certaines fadeurs, notamment dans la conduite d’acteurs sans grande imagination, le décor à géométrie variable de , remodelant l’espace en un tour de main, s’avère particulièrement judicieux. Rehaussé d’un jeu de lumière très suggestif, il confère au spectacle tout à la fois son unité et la variété du mouvement dramatique. Dans une ambiance toute vénitienne, la scène finale des dominos, jouant de l’ambiguïté entre le divertissement et l’imminence de la fin tragique, laisse planer le souvenir de Mozart plusieurs fois évoqué dans le Bal Masqué. Il semble qu’après sa trilogie populaire — Rigoletto, Traviata et le Trouvère — Verdi s’engage ici dans une recherche plus approfondie de la vérité des personnages qui aboutira à ses deux grands chefs d’œuvre que sont Othello et Falstaff.

Crédit photos : Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

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