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L’excellence allemande

Rundfunk Sinfonie Orchester Berlin

C’est décidément le signe de l’excellence qui aura marqué de son sceau les prestations successives des orchestres allemands programmés pour la saison 2003-2004 à l’Auditorium de Dijon. Après le Sudwest Rundfunk SinfonieOrchester (Michael Gielen) en décembre dernier, les Bamberger Symphoniker (Jonathan Nott), fin janvier, le Bayrischer Rundfunk SinfonieOrchester (Marris Jansons), en février, c’est le Rundfunk SinfonieOrchester de Berlin qui, ce mercredi 7 avril, enchantait à son tour le public de l’Auditorium. D’abord par la présence, au pupitre, de , dont nul mélomane n’a oublié l’action particulièrement bénéfique menée avec le Philharmonique de Radio-France durant les quelque seize années passées à la tête de la phalange française. Un chef, à juste titre, toujours vivement apprécié dans notre pays et qui, aujourd’hui, partage son temps entre Monte-Carlo, Dresde et Berlin. Et puis, il faut bien le reconnaître, ces orchestres allemands (sans même parler des Berliner Philharmoniker entendus ici il y a bientôt un an), sont d’une qualité remarquable : tant par le niveau, la maîtrise technique des musiciens que par l’homogénéité de leurs pupitres, la présentation toujours impeccable ou…la souriante amabilité. Autre atout — non négligeable — de cette soirée : l’originalité du programme. En effet, parmi les symphonies de Beethoven, on ne peut pas dire que la quatrième soit des plus jouées… Quant au Don Quichotte de R. Strauss, il ne jouit pas de la popularité des Zarathoustra, Don Juan ou autre Till Eulenspiegel. Enfin, les Variations « Paganini » de ne figurent pas non plus parmi les « tubes » des salles de concert.

Une fois n’étant pas coutume, c’est par son « plat de résistance », le poème symphonique de , que s’ouvre le menu de ce concert : un Don Quichotte dont les dix variations qui le composent illustrent autant d’épisodes relatés dans le roman de Cervantes. L’utopiste héroïque étant représenté par le violoncelle solo (parfois relayé par le premier violon ou un groupe de cordes) et le « fidèle écuyer », Sancho Pança, par un alto solo (auquel se joignent ponctuellement, ou se substituent la clarinette basse et le tuba). C’est une œuvre complexe, imprégnée d’humour et de poésie où Strauss combine leitmotivs à la Wagner (thème du héros, de Dulcinée, de Sancho Pança, etc.), narration, réflexion lyrique et figuralisme. Les musiciens berlinois en donnent une interprétation magistrale, avec le concours de solistes exemplaires de « vérité » convaincante et une direction des plus subtiles de la part de Janowski. Nous retiendrons tout particulièrement l’épisode du troupeau de moutons — l’armée de l’empereur Alifanfaron ! — (trémolos des cordes et trilles dissonants des cuivres avec sourdine) au cœur duquel notre antihéros se jette à corps perdu.

La Quatrième symphonie de Beethoven, si discrète entre les célébrissimes Troisième et Cinquième rappelle un peu, par son romantisme modéré à dominante de poésie souriante, le Schubert de la cinquième symphonie. Schumann y voyait quelque rapprochement avec le Falstaff de Shakespeare… Peut-être ce sentiment de mystère qui baigne les mesures de l’introduction lente, cette impression d’esprits rôdant, à la présence plus fracassante dans l’Allegro vivace ? Quant à l’Adagio, faisant allusion aux sentiments amoureux qui auraient inspiré le compositeur à propos de ce thème, c’est Berlioz qui estime qu’il « surpasse tout ce que l’imagination la plus brûlante pourra jamais rêver de tendresse et de pure volupté ». L’Orchestre de la Radio de Berlin rend justice à ces points de vue, avec un son qui subjugue les oreilles les plus blasées et dont le Karajan des années 60 / 70 eût pu se montrer jaloux…

De , à l’audience pour le moins confidentielle (en France, tout du moins), ces Variations pour orchestre sur un thème de Paganini sont, pour une grande majorité de l’auditoire, une découverte. Et si le thème initial (celui du Caprice pour violon seul N° 24 en La m ), énoncé naturellement par le premier violon solo, nous place en terrain de connaissance, il n’en est pas de même des seize variations qui suivent…très dissemblables d’écriture, de ton et de caractère, souvent éblouissantes de difficultés techniques parfaitement maîtrisées par les pupitres (et solistes) qu’elles mettent à contribution.

Là encore, la baguette de fait merveille : précision des attaques, nuances contrastées, élégance de la battue… . Et après l’exécution de la dernière variation, prestissimo, d’une grande clarté d’articulation, c’est le triomphe…et les rappels que cela implique. Le RSO Berlin et son chef gratifient le public d’un délicieux bis, le populaire troisième Entracte de Rosamunde de Franz Schubert : nous sommes sur un nuage …

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