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Anja Harteros est Arabella

Il y a quelques années déjà, lors d’une représentation du Freischütz, une jeune remplaçante dans le rôle d’Agathe, enthousiasma les mélomanes munichois : .

Depuis, la soprano allemande d’origine grecque a brillé à Munich dans des rôles aussi différents que Contessa (Noces de Figaro), Fiordiligi (Così fan tutte), Desdemona (Otello) et Freia (L’Or du Rhin), palmarès auquel vient de s’ajouter le rôle-titre dans Arabella. Et, disons-le tout de suite, elle a su en dresser un portrait tout à fait complet, et cela malgré le fait qu’il s’agissait d’une prise de rôle!

Techniquement sans failles, elle possède exactement la vocalité requise : un soprano lyrique, au médium corsé et à l’aigu facile et lumineux. Mais Harteros n’est pas seulement une excellente chanteuse, mais aussi une grande interprète. Son chant nuancé, riche en couleurs, et sa présence scénique nous ont fait vivre avec elle l’évolution de l’héroïne de la jeune fille rêveuse, incertaine et un peu réservée du début jusqu’à la femme épanouie de l’acte III. Son Mandryka est un habitué et des scènes munichoises et du rôle : . Dans les derniers temps, sa voix est devenue de plus en plus dramatique sans perdre sa souplesse ; l’aigu, toujours facile, a même gagné en éclat. Evidemment, le rôle n’a plus de secret pour lui, et Brendel rend justice à toutes ses facettes. Le troisième atout de cette reprise est la direction de . Mal à l’aise notamment dans les opéras de Mozart, le chef autrichien nous a surpris avec une lecture à la fois subtile et intense, émotionnelle, mais jamais bruyante, bref, digne des bons Kapellmeister de la tradition allemande.

Aux côtés de ces trois artistes, on trouve une Adelaide toute à fait convaincante (), un Waldner vocalement fatigué, mais bien présent comme personnage (Alfred Kuhn) et une Fiakermilli plutôt solide (Martina Rüping). Mais on y trouve également une Zdenka vraiment hors propos (), bonne comédienne, mais piètre chanteuse, dotée d’une voix mince à l’aigu étroit et figé, un Matteo non moins hors propos (), au timbre ingrat et à l’aigu particulièrement laid, et un Elemer à bout de souffle (Ulrich Reß), aussi caricatural vocalement que sur scène.

Mais il faut surtout supporter une mise en scène (/Wolfgang Gussmann), qui vise à tout moment à détruire la magie de la musique. Inspiré par les dettes de la famille Waldner, Homoki place l’argent au centre de sa lecture. La scène, pendant les trois actes, représente une montagne de billets – dangereusement inclinée envers la fosse –, qui remplace les trois actes prévus par Hofmannsthal et Strauss. La plupart des personnages ne sont que des caricatures, des représentants d’une société matérialiste où l’amour n’a plus de place. A la fin, lorsque les deux amants s’embrassent dans un moment de grande émotion, il pleut – encore – des billets. Petite consolation : les nouveaux venus de cette reprise, notamment , ne réalisent pas toutes les idées de Monsieur Homoki. Ainsi, en faisant confiance à leur instinct et à la musique, ils permettent que par moments au moins, se rejoignent musique et scène.

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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