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Création du concerto pour alto « les rayons du jour » d’Edith Canat de Chizy

Insérée entre les deux symphonies de Beethoven – il faut bien que l’intégrale débutée par l’ s’accomplisse ! – la création du concerto pour alto « les rayons du jour » d’Edith Canat de Chizy fait l’effet d’un joyau enchâssé dans son écrin : vingt minutes de pur bonheur sonore sur la scène de Mogador qui, pour l’occasion, a offert une acoustique idéale. C’était le deuxième concert de l’ pour cette création mondiale qui mettait en vedette l’alto solo de l’orchestre Ana Bela Chavez dont on a pu découvrir et apprécier à leur juste mesure le tempérament et les qualités multiples de son jeu très investi.

Après un premier concerto pour violon « Exultet » crée en 1995 et un concerto pour violoncelle « Moïra » de 1998, Edith Canat de Chizy clôt le cycle avec son concerto pour alto « Les Rayons du jour ». L’inspiration de ce dernier lui est procurée par la toile éponyme du peintre d’origine russe Nicolas de Staël lors de la rétrospective qui lui est consacrée en 2003 par le Centre Pompidou. Au-delà du titre, c’est le parcours créatif de l’artiste avec qui Edith Canat de Chizy ressent des affinités profondes qui détermine la forme générale en trois mouvements de son concerto.

Trois étapes vont ainsi diversifier le geste musical et tendre vers la transparence :

Déchirure joue sur l’opposition des tessitures, à l’alto comme à l’orchestre qui ne concerte pas à proprement parler avec le soliste mais prolonge, amplifie, démultiplie ses trajectoires et ses résonances. Très soucieuse de l’équilibre sonore car c’est l’alto qui conduit le mouvement, Edith Canat de Chizy allège au maximum les pupitres et joue sur les timbres purs permettant tout à la fois la richesse de la palette sonore et la précision du trait dans l’espace.

La deuxième partie, Mouvement, rejoint les préoccupations essentielles de la compositrice dont toute la musique est traversée par une énergie motrice, un courant « vibratile » parfois sauvage et violent rejoignant par instant l’univers bartokien. Elle-même violoniste, Edith Canat de Chizy a déjà beaucoup écrit pour les cordes – le Prélude au Concert de 18 heures, donné par les étudiants du CNSM, en témoignait très brillamment ; elle trouve ici, dans la sonorité âpre et chaleureuse de l’alto, un terrain idéal à sa recherche de timbres inouïs. Au terme de cette trajectoire, la cadence produit un effet de zoom sur le travail au cœur de la matière sonore sculptée avec la précision de l’orfèvre.

La troisième partie exploite l’idée d’espace et de timbre et se joue dans des tessitures plus claires et transparentes, « pour trouver la grande lumière ». Cette expression de Nicolas de Staël mise en exergue sur la partition dévoile, chez le peintre comme chez la compositrice, un certain itinéraire mystique vers lequel s’oriente toute la musique d’Edith Canat de Chizy et qui lui donne son sens et sa profondeur.

Sans faire ombrage à l’art du maître de Bonn dont les deux symphonies, sous la baguette experte d’Eschenbach, communiquèrent, une fois encore, leur message d’éternité, c’est la musique d’aujourd’hui qui était ce soir à l’honneur et affichait haut et clair son excellence aux côtés de la tradition.

Crédit photographique : © Bruno Garcin-Gasser