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Présences 2005, Troisièmes Noces

Vingt minutes de musique dans un concert de plus de deux heures, il fallait oser, Présences 2005 l’a fait. Le Matin des Magiciens du québécois (qui, vêtu d’une veste à épaulette et de converses rouge vif, a dirigé cette première partie) mêle à un gamelan javanais sept instrumentistes « occidentaux » : deux harpes, des ondes Martenot, un cor, une contrebasse et des percussions (nécessitant deux exécutants). La tentation de transformation progressive du matériau musical, si typique dans la musique javanaise, est tant bien que mal retranscrite, et prolongée par les instruments « occidentaux ». Ainsi les ondes Martenot, avec de longs glissandi dans le grave poursuivent la résonance des gongs. Des idées intéressantes, mais traduites dans un langage musical si conventionnel et si éloigné de la liberté rythmique du gamelan originel qu’un vaste ennui a plutôt submergé l’auditoire. J’ignore si j’étais un homme rêvant alors que j’étais un papillon ou si je suis à présent un papillon rêvant que je suis un homme du canadien (de Toronto) n’allait pas réactiver l’attention du public. Cette œuvre est égale à son titre : longue et monotone. Là aussi selon la notion de « l’effet papillon » – un battement d’aile ici suscite une tempête là-bas- un évènement musical se propage à tout l’orchestre, en disposition inhabituelle : une flûte et une clarinette près des cordes servent de relais avec le reste des vents, séparés des autres instruments par un piano doté d’un dispositif informatique. Il en résulte un vaste maelström symphonique lassant par son uniformité.

Le jeune donne en seconde partie une lecture plutôt analytique des Trois Pièces pour quatuor à cordes de Stravinsky, gommant ainsi toutes les références à la musique populaire russe, si présentes dans la première période créatrice du compositeur. Malgré cette vision froide, les Renoir prouvent leur professionnalisme en défendant cette partition exigeante. Les Songs for the M8 de la jeune étaient l’autre bonne surprise de la soirée. Cette jeune compositeur britannique, qui a ainsi voulu recréer ses impressions d’adolescente à moitié endormie dans une voiture filant sur l’autoroute entre Glasgow et Edinburgh (la M8 justement), témoigne d’un langage original et d’une créativité sans cesse renouvelée. Cette pièce est une alternance de miniatures ou sont utilisées toutes les possibilités des cordes : glissando, pizzicati divers, harmoniques, … avec une variété d’expression qui ne laisse pas indifférent. Le public, sorti de sa torpeur, ne s’y est pas trompé en lui réservant une ovation, la seule et unique de cette soirée.

Enfin viennent les Noces, troisième version donnée en concert mais chronologiquement la première dans l’univers de Stravinsky (lire les comptes-rendus des concerts précédents ici et ). L’orchestre demandé est à la fois pléthorique et déséquilibré : aux cotés de deux harpes, d’un cymbalum, d’un clavecin et d’un piano (prenant aussi le célesta), un maigre pupitre de neuf cordes fait face à un effectif de vingt-quatre vents, auquel se rajoutent trois percussionnistes. L’écriture est très proche du Sacre du Printemps, avec ses accords en bloc, ses solos impétueux de flûte, hautbois ou clarinette et son traitement quasi percussif des cordes. Les parties vocales présentent de légères différences par rapport à la version « définitive » de 1923. Cela n’explique certainement pas les nombreux décalages entre le chœur et l’orchestre (excellente phalange de Radio France, habituée à ce répertoire), ni les nombreux cafouillages des solistes qui, rappelons-le, ont livré ce soir une troisième exécution de cette pièce. Encore faudrait-il que la direction de Présences 2005 songe à confier la direction musicale à de vrais chefs d’orchestre. , tout grand compositeur de talent qu’il est, n’est vraisemblablement pas à l’aise dans le rôle de « conductor ». Sa battue imprécise a fini d’achever en soupe sonore cette première orchestration des Noces, qui mérite pourtant mieux que le purgatoire dans lequel elle est confinée.

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