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Sonates de Domenico Scarlatti par Pierre Hantaï

Chacun sait que a composé un nombre faramineux de sonates pour clavier seul en un seul mouvement : 555 ! Avec cet immense corpus Scarlatti se positionne sans conteste au sommet du genre, dépassant l’ancien style contrapuntique au profit d’une musique homophonique, chantante, joliment ornementée. Il confère à ses pièces davantage de vie, de fantaisie et d’innovations techniques (croisement des mains, sons répétés, modulations osées, opposition des tonalités, ébauche de polytonalité, dissonances dynamiques et expressives, dramatisation du discours, variété des rythmes…) que par le passé. L’attention portée par Scarlatti à l’harmonie l’emporte grandement sur la thématique et sans doute trouve-t-on là une des raisons de leur étonnante modernité. Contemporain de Bach, de Haendel et de Rameau, il s’inscrit comme l’un des plus grands maîtres du clavecin de son temps. Pour défendre ce legs exceptionnel, nous offre un deuxième album enregistré en 2004 comprenant 16 sonates qu’il traite en virtuose, absorbant les difficultés techniques, rendant avec grâce mais aussi fermeté cette littérature d’une richesse et d’une inventivité inouïes pour l’époque et aujourd’hui encore d’une passionnante actualité. Son clavecin de type italien mais construit tout récemment (en 2002) rend justice à ces sonates composées lors du très long séjour ibérique de l’Italien Scarlatti. Grâce à son timbre davantage rugueux que chatoyant (cela doit aussi bien sûr au toucher lui-même), à sa sonorité sobre, mais aussi à sa musicalité agréable, l’instrument choisi s’avère être un atout majeur pour servir le jeu contrôlé, souple et dénué de tout excès préjudiciable de , sauf peut-être lors de certains forte un rien abrupts et âpres (impression majorée par une prise de son un peu dure). Ainsi parvient-il à restituer la grandeur intrinsèque de cette musique extraordinaire, chronique variée de l’œuvre d’un créateur dispensateur de multiples couleurs et climats.

Scarlatti qualifia lui-même, et avec quelle modestie, cette production essentielle d’« ingénieux badinage artistique destiné à vous familiariser avec la majesté du clavecin. » nous en offre une lecture limpide, jamais contrariée de considérations parasites et donc hautement recommandable.