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André Caplet, Harpe sauvage

Un enregistrement consacré à la harpe n’est pas si courant, et bien que les Divertissements et le Conte Fantastique de Caplet ou les Danses de Debussy soient devenus des classiques du genre, leurs apparitions au concert ou au CD sont rares. Sans parler des pièces de ou Henriette Renié.

La harpe en ce début de XXe siècle connaît une grande évolution. Déjà en 1800 Erard la dote de ses pédales, lui permettant de couvrir le total chromatique. En 1894, Gustave Lyon, de la maison Pleyel, la dote d’une double rangée de cordes, créant ainsi la harpe chromatique. D’un maniement difficile, elle est définitivement oubliée en 1936, au profit de son ancien modèle. Mais cette avancée technique, doublée des recherches du harpiste franco-américain Carlos Salzedo (Modern study of the harp), a permis l’écriture de plusieurs chefs-d’œuvre restés depuis au répertoire. Dans l’ensemble des pièces proposées nous sommes loin de l’image éthérée, aérienne, voire diaphane de la harpe. ne se contente pas de véhiculer les images convenues de grâce et de légèreté. Bien que le premier Divertissement de Caplet (« à la française ») soit empli d’élégance, à la manière des pièces pour clavecin de Couperin ou Rameau, le second (« à l’espagnole ») évoque par ses glissandi de pédale et ses notes répétées le rasguedo, cet accord rapide, sec et rêche typique de la guitare. Cette même dureté d’attaque, cette même véhémence se retrouvent dans le Conte Fantastique, avec un Quatuor Elias d’une remarquable homogénéité. Ces cinq instrumentistes nous font découvrir leurs talents de coloristes dans ce poème symphonique de dimensions réduites, maintenant ainsi une tension dramatique constante. On retrouve ces mêmes qualités dans la pièce de Debussy ou le coté incantatoire puis dionysiaque de chacune des deux danses l’emporte sur une trop facile mièvrerie.

La harpe de se fait plus douce dans les Deux Sonnets – soulignons au passage l’excellente diction de la soprano Cécile Bonnet- ainsi que dans les rares Impressions d’automne, courte partition nécessitant un effectif peu ordinaire (saxophone, hautbois, 2 clarinettes, basson, orgue et 2 violoncelles) dans lequel brille le génie d’instrumentation d’. L’imposant instrument sait aussi se faire caméléon dans la Ballade fantastique d’Henriette Renié – ou plane l’ombre de – et dans l’Andante et Scherzo de , partition fantasque et variée.

Cet excellent enregistrement qui met à jour un répertoire peu visible de la musique de chambre ne démérite pas face aux versions des mêmes œuvres de Caplet et Debussy (souvent couplées avec la Sonate pour flûte, alto et harpe du compositeur de Pelléas et l’Introduction et Allegro de ) signées par Isabelle Moretti (1 CD Koch Swann), Marie-Claire Jamet (1 CD Pierre Vérany, indisponible) ou Laurence Cabel (1 CD Harmonia Mundi, indisponible).

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