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André Jolivet : l’intégrale pour piano, Vol 1

Le centenaire Jolivet a tenu ses promesses. Outre quelques rééditions d’enregistrements anthologiques (« les enregistrements Erato », 4 CDWarner Classics ; « les rarissimes d’André Jolivet », 2 CD EMI) ainsi que de l’intégrale pour flûte faite par Pierre-André Valade (2 CD Accord) ou l’intégrale de l’œuvre pour cordes par l’Orchestre des Pays de Savoie (direction : Mark Foster, 1 CD Timpani), la littérature pour piano de Jolivet avait presque disparu des bacs des disquaires, si ce n’est l’excellent album de Marie-Josèphe Jude (1 CD Lyrinx – lire notre chronique). Le label Maguelone a qui on doit de nombreuses éditions de musique française, essentiellement des mélodies, s’est mis à la tâche de nous offrir en plusieurs volumes l’œuvre protéiforme d’André Jolivet.

Cosmogonie est une pièce de maturité qui renferme à elle seule le cheminement artistique de Jolivet. Elle débute dans un langage atonal, sans cohérence rythmique ni mélodique, et s’organise peu à peu, similaire en cela du monde né du Chaos, pour finir sur un vaste thème modal en quartes ascendantes qui semble issu du matériau de la Sarabande sur le nom d’Erik Satie. Cette dernière pièce de jeunesse, qui utilise les capacités de résonance du piano a été écrite en hommage au « Maître d’Arcueil » par un compositeur de vingt ans en, reprenant le principe de la mélodie basée sur le nom du dédicataire selon la notation germanique (E-S-A-T-I-E).

Mana est sans conteste l’œuvre la plus connue de son auteur. Cette suite pour piano est une mise en musique des objets fétiches d’Edgar Varèse que le maître laissa à son disciple lors de son départ pour les Etats-Unis. Son impact fut tel que Jolivet s’attira ainsi l’estime de Messiaen. Leurs esthétiques étaient alors assez proches, et Mana rappelle en maints endroits les Préludes quasi-contemporains du compositeur de Saint-François d’Assises.

L’Etude sur des modes antiques bien que plus tardive (1944) est paradoxalement d’une écriture plus classique. Bâtie sur un ostinato rythmique au-dessus duquel se déploie une vaste mélodie continue, elle entremêle trois modes distincts qui donnent chacun leur tour une couleur harmonique spécifique, dans une nuance ne dépassant jamais le mezzo piano. Les pièces qui terminent cet album sont une série de miniatures pianistiques écrites entre 1920 et 1934, toutes enregistrées pour la première fois. Disparates et d’inspirations variées, de l’orient de pacotille (Algeria-Tango) à la fausse naïveté des dadaïstes (Danse pour Zizou) en passant par le jazz (el Viejo camello), les empreintes du dernier Debussy ou de Ravel sont toujours prégnantes. Mais elles tiennent en germe toute l’esthétique à venir de Jolivet par ses basses obstinées, ses vastes mélodies aux courbes modales, ses oppositions de masses et de nuances, de monodies épurées et d’agrégats. Le jeu nerveux et percussif de Pascal Gallet convient à merveille à l’ensemble de ce programme, bien qu’un peu plus de finesse et de mœlleux dans la sonorité aurait été préférable dans certaines œuvres composées en demi-teinte.

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