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Faust avec Rolando Villazón par David Pountney: la mise en scène qui tue !

Festival d’Opéra de Munich

Encore une fois nous devons regretter les effets d’une mise en scène qui en plus de dénaturer l’ouvrage, le massacre! Selon le scénographe David Pountney, intendant du festival de Bregenz, Faust est une œuvre bâclée que le public allemand ne peut comprendre. Pour éclairer l’ignorance des spectateurs, la partition se voit agrémentée de dialogues enregistrés en allemand. Ces interludes sont prononcés par des doubles des personnages joués par des poupées. Mais comme Faust, ce n’est pas assez comique, ces jumeaux symboliques sont augmentés d’un nouveau camarade : le chien! Une sorte de peluche à peine digne de «Bonne nuit les petits». On reste de bois devant une telle imposture qui n’a pour résultat que de couper l’action et de détourner l’attention ! Peut-on imaginer réserver le même traitement à Parsifal ou à Tristan et Isolde? Pourquoi certains considèrent-ils ce répertoire comme secondaire au point de lui faire subir un tel sort? Faust est un incomparable chef d’œuvre de l’opéra français et si David Pountney n’aime pas cette musique qu’il la laisse tranquille car sa mise en scène est affligeante. Dans des décors de Stefanos Lazaridis, d’une incommensurable laideur, l’action se déroule sur fond de rideau de douche et de sacs poubelles alors que Pountney enfonce les portes ouvertes : le docteur Faust, au bout du rouleau, marche sur des rails de chemin de feralors que la nuit de Walpurgis se passe dans un asile de vieillard où un Mephistophélès défraîchi mène la danse. Les effets se veulent grandiloquents : wagons, rails et fauteuils de télésiège sur scène. La scène de l’église s’envisage terrifiante mais elle fait plus rire que pleurer : ainsi Marguerite se retrouve dans un réfrigérateur fumant où elle a tué son enfant tandis que de gigantesques statues de prélats baveux et vampirisants tournent sur la scène.

La réalisation musicale, du moins pour ce qu’il en reste, est dominée par le couple Faust-Marguerite formé par Rolando Villazón et Ainhoa Arteta. Le ténor mexicain, toujours déchaîné et survolté sur scène, fait un sort à la partition : le timbre est éclatant et clair, la prononciation adéquate et la palette de nuances infinie. Dès «Salut, demeure chaste et pure», le chanteur est porté par des acclamations qui n’iront qu’en s’accentuant au fil de la représentation. L’Espagnole Ainhoa Arteta est une partenaire à la mesure de Villazón. Le timbre cristallin, les aigus faciles et un indéniable charisme scénique font d’elle une grande Marguerite. Le Mephistophélès de Paata Burchuladze est plus problématique. Affublé d’un costume et d’une cape ridicule qui réduisent le personnage à un diable de pacotille juste capable d’amuser des enfants, la basse est handicapé par une prononciation impossible. C’est d’autant plus dommage que le timbre n’est pas laid et la puissance vocale imposante. Mention très bien pour le Valentin de Martin Gantner à la prononciation exemplaire et le Siebel de Daniela Sindram.

Dans la fosse, le chef Friedrich Haider, injustement considéré comme responsable de la scénographie par une partie du public, se révèle un accompagnateur stylé et attentif au chant. Il faut tout de même regretter une fosse trop haute qui conduit l’orchestre à couvrir les chanteurs dans les scènes d’ensemble. Bonne prestation des chœurs de la maison bavaroise, bien préparés par Andrès Máspero.

Crédits photographiques : © DR

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