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The Turn of the screw vu par Luc Bondy, intense bonheur musical et dramatique

Cette production enregistrée au Théâtre du Jeu de Paume lors du Festival d’Aix-en-Provence 2001 est une réussite totale. Elle a été ovationnée et a rencontré un immense succès dans sa tournée parisienne. Elle est devenue une production de référence de l’œuvre de Britten. Grâce à la qualité de la réalisation de Vincent Bataillon, ce DVD restitue magnifiquement l’atmosphère envoûtante et spectrale de l’œuvre. Il fait partie des plus belles productions vidéo de ces derniers temps. Et il convient de souligner l’excellente qualité sonore de ce DVD à s’offrir toutes affaires cessantes.

En 1932, Britten entend à la BBC une adaptation du Tour d’écrou, un roman d’Henry James. Subjugué par ce texte « terriblement merveilleux… sinistre et effrayant » comme il écrit alors dans son journal, il décide d’en faire un opéra. Pendant 20 ans, il va être hanté par cette histoire. Finalement, en 1954, il s’attaque à sa composition. Ecrit en moins de quatre mois l’œuvre est créée le 14 septembre 1954 à La Fenice de Venise mais démolie par la critique qui voit dans ce huis clos une sulfureuse histoire d’enfants innocents manipulés par des fantômes. Une musique somptueuse, un rythme haletant et une dramaturgie d’une force et d’une profondeur envoûtantes vont en faire une œuvre majeure du XXe siècle. Peu de monde sur scène et dans la fosse mais une exigence musicale et vocale impitoyable et une parfaite diction de la langue de Shakespeare. Avec une grande économie de moyens, une poésie rigoureuse et subtile, la mise en scène de Luc Bondy transcende ce chef-d’œuvre de Britten en s’appuyant sur la géométrie du décor suggestif et dépouillé de Richard Peduzzi. Superbe! Oubliée l’image du vieux manoir anglais. L’atmosphère est spectrale à souhait, soulignant à merveille l’ambiguïté des personnages. Luc Bondy réussit très habilement à montrer sur la scène, sans réalisme et avec juste ce qu’il faut de perversion, les fantômes de Peter Quint et Miss Jessel qui vampirisent les deux orphelins que l’institutrice essaie de protéger.

Daniel Harding dirige le Malher Chamber orchestra avec une précision d’orfèvre et une clarté remarquable. Mireille Delunsch est une remarquable Institutrice face aux maléfiques Quint et Miss Jessel admirablement chantés par Martin Miller et Marie McLaughlin, envoûtants, inquiétants et sombres. Mireille Delunsch vit son personnage plus qu’elle ne l’interprète. Sa beauté vocale embrasse toutes les émotions de ce personnage fascinant. Gregory Monk et Nazan Fikre qui interprètent Flora et Miles, les deux enfants sont surprenants de vérité. On est ému par la présence délicate de la Gouvernante chantée par Hanna Schaer. 107 minutes d’un intense bonheur musical et dramatique.

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