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Orgiaque ! Mariss Jansons et le Concertgebouw d’Amsterdam

Festival de Lucerne 3

Le chef d’orchestre est le fétiche des différentes éditions du festival helvète. À la tête de ses forces amstellodamoises ou bavaroises, il vient se produire dans le grand répertoire des deux derniers siècles, et le public, toujours nombreux, lui réserve de longues acclamations. L’excellence de la formation batave n’est plus à prouver, mais sous l’impulsion du chef letton, l’orchestre prend un énorme plaisir à jouer. Il se manifeste par un fait rarissime avec cette phalange : les musiciens acclament leur chef. De même, l’artiste s’accomplit à la tête de cet orchestre, il a enfin trouvé l’instrument idéal qui répond à chacune de ses sollicitations. Le Concerto pour Orchestre de Witold Lutoslawski commence à s’imposer comme un cheval de bataille des orchestres en parade. Ce n’est que justice tant les œuvres du maître polonais sont intenses. Cette partition à l’orchestration brillante et raffinée, n’épargne aucun pupitre. Evidement, la précision et la technique de la formation lui permettent de s’illustrer dans les passages les plus difficiles, notamment le redoutable dernier mouvement, enlevé avec panache et brio par un Jansons halluciné qui ose prendre tous les risques imaginables.

Le Concertgebouw connaît son Brahms sur le bout des doigts pour le fréquenter assidûment depuis le règne de Mengelberg. Après les concerts légendaires de Mengelberg, Van Beinum, Haitink, Jochum, les interprétations de Riccardo Chailly pêchaient par un intellectualisme glacial. Mais renoue avec un Brahms altier et conquérant. Les tempi sont vifs et les arrêtes saillantes ; On fait de la musique pour de la musique, sans arrière pensée métaphysique. C’est saisissant d’autant plus que la phalange se pare des couleurs les plus irisées et automnales pour faire un sort à cette partition. Les solos des vents du mouvement lent feraient fendre les pierres tant l’émotion est à fleur de peau, à l’instar du dialogue entre le hautbois d’Alexei Ogrintschouk et la clarinette de Jacques Meertens. Les deux derniers mouvements soulèvent l’enthousiasme du public qui réserve une « standing ovation » à l’orchestre et à son chef. Devant, l’enthousiasme général, deux bis sont offerts : la VIe Danse Hongroise de Brahms et la farandole de L’Arlésienne de Bizet.

Le Concertgebouw a lancé son propre label discographique (RCO live). On peut y retrouver Jansons dans La Symphonie de Nouveau Monde de Dvoràk, Une vie de héros de Richard Strauss, et un programme qui couple les secondes Symphonies de Beethoven et Brahms. Bernard Haitink, chef lauréat de formation, se consacre à la VIIIe Symphonie de Bruckner.

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