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Marc Albrecht soigne ses débuts

Philharmonique de Strasbourg

Choisir la « Résurrection » de Mahler pour inaugurer ses fonctions auprès d’un orchestre sans directeur musical depuis deux ans tient du symbole autant que de la déclaration de politique générale. sera le prochain « Kappelmeister » à Strasbourg. Attendu comme le Messie, le jeune chef aura sans aucun doute à cœur de redorer le blason d’un orchestre laissé à l’abandon depuis le départ sous les sifflets des musiciens de Jan Latham-Kœnig.

Autant dire que cette exécution de la partition malhérienne est riche d’enseignements. Albrecht habite littéralement l’orchestre, précise ses attaques autant que l’intention générale par une technique sûre et d’une maturité surprenante pour un chef autour de la quarantaine. Mais lorsqu’on est disciple d’Abbado, que les grands orchestres vous convoitent et que Bayreuth fait de vous un invité régulier pourquoi douter de soi? Paradoxalement l’approche de l’œuvre par reste profondément empreinte d’humilité. Certes, le jeune tribun de la baguette ne peut s’empêcher de soigner particulièrement les débuts et fins de mouvements, comme si la première image et la dernière impression façonnaient l’impression du public (a-t-il tort?). Sur des tempi modérés voire légèrement vifs, l’immense chef-d’œuvre se déroulait sans anicroche jusqu’au milieu du mouvement final, lorsque les cuivres devaient intervenir des coulisses. Spectacle désolant alors d’un donnant en vain l’entrée à trois reprises à un ensemble invisible et surtout muet avant de se résigner les bras croisés et d’attendre que les musiciens (cachés à deux pas et sans doute sourds) ne réussissent enfin leur entrée. L’incident n’entrava pas la concentration du final ni la « standing ovation » initiée par le Maire de Strasbourg lui-même.

Marc Albrecht est attendu à Strasbourg comme aucun directeur musical ne l’a été dans cette ville depuis Alain Lombard au début des années 70, il lui restera à se montrer à la hauteur des attentes artistiques d’un orchestre sevré depuis des lustres de véritables extases.

Crédit photographique : © DR