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La Traviata du riche

Novembre 2004, réouverture de la Fenice de Venise avec un spectacle qui se veut prestigieux et sélect dont le prix des places avoisinait les 1000 euros. Retour sur le passé car le célèbre opéra de Verdi fut créé en mars 1853 dans l’auguste théâtre de la lagune. Pour cette occasion, la direction propose la version originale de l’œuvre dont le manuscrit a été retrouvé dans les archives du théâtre. Forcément, pour combler l’auditoire et les téléspectateurs d’une production retransmise dans le monde entier, on prend une star de la baguette, un metteur en scène sur-actif et quelques vedettes du chant. Malheureusement la sauce ne prend pas. Le premier fauteur de troubles est le maestro Maazel qui mérite amplement, ce soir de novembre 2004, le surnom de « Maazel-toc » inventé par les détracteurs de ce virtuose de la baguette. Sous sa battue, l’œuvre de Verdi est écartelée entre tics de chef et musique de bastringue. Le tout débouche sur une interprétation d’une médiocrité et d’une vulgarité sidérantes qui « culminent » dans un acte II conduit à la truelle. Le metteur en scène canadien apparaît comme le second coupable de cet échec. Intrinsèquement Carsen est l’un des meilleurs scénographes de notre époque et certains de ses spectacles comme sa Rusalka de l’Opéra de Paris et sa Jenufa du Vlaamse Opera peuvent être qualifiés de « légendaires ». Cependant cet homme à l’agenda débordant se compromet trop souvent dans des spectacles fonctionnels et ennuyeux à l’image de son désastreux Lohengrin de l’Opéra de Paris. Sa grande idée se révèle éventée dès le prélude : Violetta Valery est une prostituée de luxe au « service » de ses « amis ». L’hypocrisie est au cœur des relations, ainsi Violetta mourante dont l’appartement déjà revendu est en réfection, reçoit la visite de ses anciennes relations venues contempler son délabrement. Sur le fond ce n’est pas bête mais la direction d’acteurs est d’une rare indigence tandis que certains moments atteignent les sommets du ridicule et du grotesque à l’instar de la fête chez Flora, insupportable avec ses ballets cow-boys de kermesse. Les décors et les costumes sont à l’avenant.

La distribution est menée par la Violetta de Patricia Ciofi. Elle possède le physique, le style du rôle et un indéniable charisme mais la conduite du chant n’est pas toujours idéale et elle fatigue sur la longueur. maîtrise la technique mais son timbre nasillard devient très vite délicat pour l’oreille, c’est d’autant plus dommage qu’il se démène comme un beau diable pour rendre les différentes facettes de son personnage. La prestation de est amèrement problématique. Si on a connu ce chanteur en meilleure forme (la projection est un peu courte), on reste sidéré par l’empâtement de son jeu scénique, raide comme la justice et engoncé dans un imposant costume croisé. Le reste de la distribution est correct alors que les chœurs de la maison vénitienne sont flous et brouillons. L’ensemble est filmé de manière peu précise et gauche par les équipes de la RAI. Pour oublier ce navrant spectacle, le mélomane vidéophile continuera de se pâmer devant la Traviata d’Aix-en-Provence (Bel Air) en dépit d’une Mireille Delunsch peu à sa place.