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Piano furioso : Claire-Marie Le Guay joue Ravel et Schulhoff

La pianiste française est assurément l’une des virtuoses les plus intéressantes du moment. Outre des enregistrements solistes consacrés à des raretés du répertoire (comme une transcription pour piano de Daphnis et Chloé de ), elle n’hésite pas à se confronter à des piliers de la littérature pianistique à l’instar des deux concertos de Liszt qu’elle a gravés, avec talent, en compagnie de et de l’Orchestre Philharmonique de Liège (lire ici la critique de cet album). Pour ce nouveau disque, la jeune femme propose un couplage original des deux concertos de Ravel avec une partition du musicien « dégénéré » Erwinn Schulhoff. La discographie des concertos de Ravel est particulièrement relevée et, de Marguerite Long à Krystian Zimmerman en passant par Robert Casadesus, on ne compte plus les références légendaires. La grande force de cette nouvelle version réside dans un orchestre survolté et riche en couleurs, mené de main de maître par le chef français. Avec la complicité de la pianiste, il dynamite les tempi pour faire ressortir le côté gouaille parisienne des œuvres. Dans le concerto en sol, la musique coule avec une simplicité et un naturel confondants alors que les différents pupitres de cuivres et de vents s’en donnent à cœur joie lors de leurs interventions. Le concerto pour la main gauche, avec des teintes sombres et austères, réagit bien à ce traitement qui favorise la clarté et la tension.

commence à sortir de l’oubli et il s’impose comme l’une des figures majeures de la musique de l’entre-deux-guerres. Ce talent précoce, rentré au conservatoire de Prague à l’âge de dix ans, fut mis au ban par les nazis pour ses sympathies communistes. Alors qu’il tente de s’enfuir en URSS, il est arrêté puis déporté au camp de Würzburg où il meurt en 1942. Le second concerto pour piano de 1925 témoigne de l’art d’un artiste révolté contre l’académisme. Expressionnisme et jazz sont au cœur de cette partition ébouriffante de difficultés. Construite d’un seul tenant, la pièce présente encore un découpage classique en trois mouvements, mais le génie de Schulhoff réside dans l’utilisation déjantée mais toujours maîtrisée d’un petit orchestre renforcé d’un pupitre de percussions où l’on reconnaît des sirènes et des klaxons. Par un couplage sans équivalent, mais surtout grâce à la richesse des timbres de l’orchestre et la qualité de jeu de la pianiste, ce disque s’impose d’emblée comme un jalon essentiel du piano au vingtième siècle.

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