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Leonard Bernstein dirige Gustav Mahler

Est-il encore besoin de présenter ces enregistrements archi-célèbres qui ont constitué, au cours des années 80, des références impérissables en matière d’interprétation mahlérienne? Si ces disques ne sont plus à présenter, il est par contre évident qu’il faut les écouter, encore et encore, car ils n’ont rien perdu de leur impact. C’est une aubaine pour le discophile que Deutsche Grammophon ait eu la bonne idée de ressortir cette intégrale captée en concert, qui n’avait jamais quitté le catalogue depuis sa sortie, en trois coffrets très économiques séparés, la séparation permettant à l’auditeur prudent d’avancer à son rythme dans cette somme. Il sera de toute façon difficile à celui qui aura entendu un de ces coffrets de ne pas se précipiter sur les deux autres.

Dans ce deuxième volume, passons rapidement sur les compléments : Rückert-Lieder et Kindertotenlieder, chantés d’un ton raide et professoral par le jeune , dont la voix encore verte manque autant d’ampleur dans le grave que de facilité dans les aigus.

Le cœur de ce boîtier est en fait constitué par les interprétations flamboyantes des Symphonies n°6 et 7, deux des œuvres les plus difficiles à appréhender dans le corpus mahlérien, qui sont ici prises à bras le corps, d’un geste épique et large, d’une intensité paroxystique.

Quelle chance a eu le public de ces deux concerts, le premier à l’Avery Fischer Hall de New York, le second au Musikverein de Vienne, d’entendre des interprétations aussi enflammées, dans lesquelles le chef ose aller au-delà de la partition, rendant les marches militaires plus brutales, les adagios plus passionnés, les codas plus grandioses que dans toute autre interprétation! Ce public, on se l’imagine suffoqué, pantelant après un Allegro energico de la n°6 d’une noirceur et d’une violence incroyables, survolté et électrisé par un Final de triomphal de la n°7, éblouissant de vigueur et de tension. Bernstein s’approprie cette musique, en explore toutes les possibilités expressives, donne à chaque note sa signification et sa substance.

La Symphonie n°5, enregistrée à Francfort, n’évolue pas tout à fait sur les mêmes sommets : la lecture se fait plus maniérée, la tension se relâche par instants, le Philharmonique de Vienne semblant se cabrer devant l’obstacle. A tout prendre, on y préfère Bernstein dans son précédent enregistrement, gravé avec New York en studio pour CBS, plus tranchant, plus direct et plus naturel. Cette version Deutsche Grammophon est néanmoins très belle, mais ce n’est pas une référence aussi incontournable que les deux autres symphonies de cet album que tout mahlérien devrait connaître et qui sont des témoignages inoubliables d’un art de la direction d’orchestre porté à son plus haut point, et du degré exceptionnel d’identification entre un chef et la musique de .