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Constance de la qualité

Orfeo,

L’Orfeo de l’Atelier Lyrique de Tourcoing est une production sur laquelle les années passent sans laisser de traces. Créée en 2000 dans le cadre d’un triptyque monteverdien qui a été vu en de nombreux endroits, cette production avait déjà été reprise en octobre 2004 (ce sont ces représentations qui ont été captées par Dynamic et éditées en CD et DVD). Un an et quelques mois plus tard, cet Orfeo revient avec une distribution inchangée? à l’exception d’un seul rôle, belle preuve de fidélité d’une maison à ses chanteurs.

La mise en scène est signée par , assisté à la scénographie et aux lumières par Jacky Lautem. Le résultat de cette collaboration est un spectacle intelligent, dans lequel les chanteurs sont dirigés d’une manière claire et sobre. Le décor unique est très dépouillé, un plan incliné qui occupe toute la scène, sur lequel de très beaux jeux de lumière se chargent seuls de suggérer les changements de lieux. Trouvaille ingénieuse, une grande boîte noire est placée en fond de scène, derrière le plan incliné, dans laquelle les saqueboutiers viennent prendre place durant le troisième acte, belle manière de théâtraliser la musique et d’affirmer que dans cet Orfeo, c’est la musique qui triomphe. Quelques scènes fortes resteront dans les mémoires : l’affrontement entre Orphée et Charon, l’enlèvement du corps d’Eurydice, la sensualité dont fait preuve Proserpine pour arracher la grâce d’Orphée à Pluton, et bien sûr la scène finale, magnifiquement chorégraphiée, dans laquelle Orphée, qui doit rejoindre Apollon au Ciel, est retenu par une bande de mégères en furie qui lui administrent une rossée, stylisée et cruelle, qu’il n’oubliera pas de sitôt, s’il en réchappe…

Musicalement, les mérites de la soirée sont les mêmes que ceux de l’enregistrement, mais avec certaines nuances. Ainsi l’Orfeo de Kobie Van Rensburg est-il encore plus beau, plus sûr, plus fouillé, et son timbre légèrement nasal passe bien mieux à la scène, où sa projection fait merveille, qu’au disque. La situation est inverse concernant La Grande Ecurie, dont les sonorités qui ne sont pas des plus séduisantes en direct, sont comme lissées par l’enregistrement. De la distribution, composée de solistes de haut niveau, presque tous titulaires de rôles de premier plan dans d’autres productions, on note le couple sensuel formé par et Bernard Deletré en Proserpine et Pluton, la Messagiera désespérée mais à la voix un peu douloureuse d’Estelle Kaïque, la Musica au timbre rond et plein de , et le lourd et grave Charon de . Petite déception par contre pour , un des fleurons de l’enregistrement de 2004, qui pour cette reprise semble en petite forme : aigus instables, timbre manquant de luminosité, impression d’enrouement, on est loin des standards d’excellence auxquels il a habitué le public tourquennois.

Les deux Orfeo que nous avons entendus cette saison, à Namur puis à Tourcoing, nous ont permis d’entendre deux des très grands titulaires actuels du rôle, Hans-Jörg Mammel représentant la face solaire et triomphante du musicien, alors que Kobie Van Rensburg incarne un Orfeo plus subtil, plus fragile et plus amer, comme conscient dès le début du tragique de son destin.