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Hänsel und Gretel version Solti, un conte de fées pour petits et grands

Qui ne connaît Hänsel und Gretel, cette délicieuse féerie d’, popularisée par la version pionnière étincelante de Karajan chez EMI-Columbia (1953), qui avait pour atouts les deux Elisabeth (Grümmer et Schwarzkopf) dans les rôles-titre ? Cette version magistrale vient de connaître un transfert admirable de pureté sonore par Mark Obert-Thorn chez Naxos (chroniqué sur ResMusica), tout en admettant bien évidemment qu’elle ne puisse techniquement concurrencer les versions postérieures réalisées en stéréophonie.

Il semblerait qu’à partir des années 60, les Wiener Sängerknaben et les Wiener Philharmoniker se soient fait une spécialité de cet ouvrage charmant : ce sont eux qui soutiennent Irmgard Seefried (Hänsel) et (Gretel) dans la version d’André Cluytens (EMI-Electrola, 1963-64), version bien sous-estimée alors que non moins étincelante et peut-être plus finement poétique que celle de Karajan ; ce sont également eux qui seront la base des deux versions Solti, la première avec (Hänsel) et Lucia Popp (Gretel) (Decca, 1978) et la seconde, toujours avec Fassbaender (Hänsel), mais associée à (Gretel) (DGG – Unitel, 1981).

(1854-1921) appartient à cette tragique catégorie des compositeurs d’une seule œuvre connue du grand public (et encore, quand on ne le confond pas avec le chanteur exactement homonyme !) Il est vrai que Hänsel und Gretel, son tout premier opéra, éclipse l’œuvre relativement vaste d’un compositeur plutôt inhibé au début par son mentor qui n’était autre que Richard Wagner. N’oublions pas que Humperdinck avait aidé Wagner dans la production initiale de Parsifal, et que son rêve était d’écrire des chœurs semblables à ceux du chef-d’œuvre wagnérien. Heureusement la genèse de Hänsel et Gretel tient elle-même du conte de fée, car Humperdinck surmontera finalement son inhibition lorsque sa sœur, Adelheid Wette, lui propose de mettre en musique pour la fête de Noël de ses enfants quelques couplets poétiques adaptés du célèbre conte des frères Grimm. Dans la pure joie de l’acte créateur, le compositeur et son librettiste élaborèrent une œuvre qui, de simples chansons populaires au départ, se développa en un Singspiel et finalement en un opéra complet qui fut créé à Weimar en 1893. L’ouvrage, mélange délicieux de style wagnérien épuré, de spontanéité et de tendresse naïve, gagna définitivement tous les cœurs, et eut un succès immense que les œuvres subséquentes du compositeur, de réelle valeur au demeurant, ne purent jamais vraiment égaler, pas même celles relevant également du conte de fées, telles que Königskinder (Les Enfants du Roi) (1897) ou Dornröschen (La Belle au Bois dormant) (1902).

On pouvait craindre que , en grand wagnérien réputé, n’alourdisse le discours musical. Or il n’en est rien : les pages toujours ravissantes de Humperdinck sont détaillées par lui avec une finesse et un raffinement dont la fin du deuxième acte et le tout début du troisième nous offrent de poétiques exemples. Les voix sont superbes, somptueuses, sans exception, encore est-il illusoire d’égaler en pureté les couples Grümmer-Schwarzkopf ou Seefried-Rothenberger.

En ce qui concerne le visuel, dès l’ouverture, l’apparition progressive du bâtiment de l’Opéra où vont se précipiter les enfants pour assister à la représentation, est déjà une féerie en elle-même et nous plonge d’office dans l’ambiance du conte : la magie est au rendez-vous dans les regards émerveillés de ces enfants. Il est regrettable que le cameraman, à l’apparition de dans l’ouverture et les préludes successifs, peine à suivre les mouvements saccadés du chef pris de trop près, mais c’est la seule restriction à formuler sur une image mêlant par ailleurs avec bonheur décors naturels, de scène et animation sommaire mais efficace – nous n’en dirons pas plus afin de sauvegarder l’effet de surprise ! Le sommet toutefois reste à notre sens la réalisation visuelle de la Pantomime des anges gardiens, à la fin du deuxième acte, où apparaissent en rêve, dans une lumière aveuglante, les quatorze anges de la prière du soir de nos deux héros, ce qui d’ailleurs n’est pas sans évoquer les chevaliers du Graal.

Le menu principal du DVD de l’opéra est divisé en ses trois actes, et le tout subdivisé en vingt-sept plages.

Au total, une réalisation à déguster… comme une sucrerie !