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Mauvaise opérette

Les Così se suivent et ne se ressemblent pas. Nous aurons tous eu « notre » Così cette année, comme il se doit apparemment pour cette « année Mozart ». Ce n’était pas une raison suffisante pour essayer d’en caser un à tout prix dans une saison de qualité, quitte à ne pas être trop regardant sur la valeur de cette production du Theater Dortmund.

L’honneur de l’Orchestre National de Montpellier est sauf car c’est l’Orchestre du Theater Dortmund qui s’y colle et l’effet n’est pas des plus heureux… La direction se veut enlevée, et tout ce qu’elle enlève c’est la saveur de la partition. Difficile de reconnaître l’ouverture de Così dans cette attaque rapide mais extrêmement plate. Les crescendi sont outrés, le trio des adieux « Soave sia il vento » perd toute sa subtilité et sa joliesse. La virtuosité est celle d’une comédie musicale, au mieux d’une opérette. L’orchestre ne brille pas plus par la suite et inflige un jeu sans finesse et sans nuances. Così met en scène trois jeunes femmesqui appartiennent aux registres seria pour Fiordiligi, semi-seria pour Dorabella et buffa pour Despina. Jusqu’à ce que la Fiordiligi de la production du Theater Dortmund s’affirme comme une soubrette à la voix acide que sa Dorabella de sœur peine à racheter. Le timbre est sec, la voix saccadée, souvent stridente au premier acte puis va ensuite en s’améliorant. Face à elles, un Guglielmo honnête et un Ferrando médiocre ne marquent pas les esprits.

Dans la vie, il faut savoir où l’on se place. Si le choix général était celui de l’opera buffa et d’une production aux ambitions modestes, autant s’y tenir. Pourquoi alors Ferrando se croit-il obligé de faire de grands effets de ténor romantique, longeant les côtés de la scène, la main sur le cœur, s’appuyant aux premiers balcons, pour son « un aura amorosa » ? L’ensemble est assez ridicule. Seuls rescapés de la troupe, Bart Driessen, un excellent Don Alfonso qui remplit sans peine les exigences du rôle et donne un beau « la fede delle femmine » et Selma Harkink, hilarante Despina, à la fois moderne et héritière de la tradition des valets et servantes insolents du XVIIIème. Elle surpasse vocalement bien vite les deux sœurs qu’elle manipule, danse sur la table pour son manifeste, « in uomini, in soldati  » et régale le spectateur lorsqu’elle campe un docteur délirant pour son rôle travesti. A la fin, il ne reste plus qu’un « couple » convainquant, celui formé par Despina et Alfonso.

On a l’impression d’assister à une petite opérette – pourquoi pas ? – mais où les chanteurs se prennent pour les meilleurs représentants du grand opéra. Et l’orgueil n’était vraiment pas de mise ce soir-là… Il ne reste plus, déçu, qu’à revenir aux enregistrements de Karajan ou Jacobs, et aux merveilleuses Fiordiligi d’ ou .

Crédit photographique : © DR

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