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Hélène Guilmette. Plaisir renouvelé, Paris les années folles

La Société musicale André-Turp

Robe rouge flamboyante, cheveux de jais, sourire enjôleur, le soprano a décidément tout pour plaire. Tout au long de ce récital, elle nous fait voyager au gré de sa fantaisie, nous sert de cicérone dans le Paris des années folles, empruntant quelques raccourcis qui mène aux Airs chantés de Francis Poulenc et aux Chemins de l’amour. De Youkali de Kurt Weil à La dernière fois que j’ai vu Paris de Cole Porter, l’itinéraire est étourdissant, car si toutes les mélodies interprétées appartiennent de près ou de loin à la même époque, le style d’un compositeur à l’autre en est fort différent. Retenons Youkali, exaltation du pays des rêves, sorte d’Utopia dont Thomas More n’a pu deviner l’existence, jusqu’au The Last Time I saw Paris, où une certaine Amérique fait rimer ses fantasmes avec la Ville Lumière et nous renvoie invariablement à ses amants enlacés sous les ponts de Paris. Elle endosse ces mélodies avec assurance et cela lui va comme un gant. La voix est toujours chatoyante, légère, intense. Hier, elle était Servilia dans La clémence de Titus à Montréal, demain elle sera Sophie dans Werther à Lille. Elle peut tout aussi bien s’adapter dans l’écrin d’un salon que sur l’emplanture d’une scène d’opéra. Rien d’empesé chez elle, mais la liberté du chant qui s’épanouit comme les premiers perce-neige d’un printemps hâtif. Son récital reprend en grande partie, les Airs chantés (lire notre chronique), mélodies qu’elle a enregistrées l’an dernier pour la firme Ambroisie. Mais il y a plus. Dans la Fantaisie dans tous les tons de Lionel Daunais, elle affine son art, c’est toute la saveur comique d’un texte associé à la musique. Tout en contrepoints, Les mots d’amour, extrait des Cinq poèmes, sur le texte sublime du poète québécois Éloi de Grandmont, la mélodie nous renvoie comme les pois de senteur, à la douce plainte des mots d’amour qui sont aussi des maux d’amour. Et cela s’intègre parfaitement dans cet univers parisien, un rien nostalgique. De Reynaldo Hahn qui ouvre le récital, c’est le Paris à travers le temps, de Charles d’Orléans à Théodore de Banville en passant par Théophile de Viau et Alphonse Daudet. Parcours d’un Paris de rêve, celui de ses poètes et de ses musiciens qui ont chanté la vie, la ville, dans une langue somptueuse, jamais affectée, mais toujours sentie et agréable à l’oreille.

En rappel, un extrait des Trois Valses d’Oscar Strauss, «Je ne suis pas ce que l’on pense», clin d’œil au public qu’elle tient par la main, avec la distinction indéfinissable dont elle garde le secret, et ce rien d’insouciance, cette facilité à communiquer, ce négligé de bon aloi que l’on ne pourrait confondre tout à fait avec de l’abandon.

La Société musicale André-Turp (SMAT) fait dorénavant partie du paysage culturel montréalais. Elle est devenue au fil des ans, un joueur-clé parmi les institutions culturelles québécoises. À ses activités artistiques, s’ajoutent d’autres activités d’ordre pédagogique. De plus, le Café d’art vocal a pignon sur rue au centre-ville de Montréal. Il en constitue en quelque sorte, le prolongement logique, le lieu de rencontres privilégiées et d’échanges. Ouvert à tous les mélomanes, il propose l’écoute d’opéras ou de mélodies, toujours avec cette volonté de faire partager la musique et de mieux faire connaître l’art vocal. Richard Turp en est le maître d’œuvre. La SMAT occupe un créneau peu souvent fréquenté et laissé dans l’ombre par d’autres sociétés culturelles mieux nanties. On lui doit un choix éclectique qui réussit à tout coup à intéresser le public. Pour connaître mieux la Société .