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Hector Berlioz : Mélodies & Duos. Les formes caméléonesques

Les mélodies d’ ont subi d’innombrables transformations tout au long de l’existence du compositeur. Pourtant l’auteur de la Symphonie Fantastique prenait grand soin de choisir les textes et sa musique n’est jamais simple parure. Quoi qu’on en ait pu dire, Berlioz fut le premier compositeur à penser les mélodies en cycle. Encore faudrait-il tout un chapitre pour expliquer les phases de compositions, les transcriptions, les métamorphoses nombreuses et définir avec précision ce que Berlioz lui-même entendait par ce mot. La signification n’est plus tout à fait la nôtre, mais se réfère davantage à l’esthétique de la romance avant sa mutation inexorable vers la mélodie. Tout cela semble avoir échappé au nouvel enregistrement Mélodies et Duos, proposé par la firme Maguelone. Nous ressortons de l’écoute de ce disque, floué et déçu pour différentes raisons. Ce n’est pas un florilège témoignant des différentes époques compositionnelles, mais un mélange incompréhensible, gageure à rebours, assemblage de bric et de broc lancé aux oreilles du mélomane, avec variations pour ténor et baryton. C’est le parti pris de la bêtise. À ce compte, on se demande pour quelle raison ne pas avoir enregistrer l’intégrale des Neuf Mélodies irlandaises ? Composées en 1829-1830, et parues au plus fort du Romantisme, ce recueil imité de l’anglais pour une ou deux voix et chœur avec accompagnement de piano, avait pourtant des atouts autrement séduisants. Et pourquoi en semer sept, au gré du vent ? Aucun cycle n’est respecté. Adieu Bessy se voit pris en étau entre deux mélodies des Fleurs des Landes. Formant un bloc, nous avons droit à trois mélodies des Nuits d’été, Villanelle, Au Cimetière et L’Île inconnue, mais on se demande ce qu’elles font dans ce disparate, finalement égarées, elles perdent de leur substance. Des mélodies de jeunesse, Toi qui l’aimas, verse des pleurs, et Canon libre à la quinte, font pâle figure dans cet embrouillamini. On doute fort que ce nouvel enregistrement marquera la discographie berliozienne d’une manière indélébile. Pourtant, l’occasion était belle pour combler les lacunes d’autres enregistrements. Il n’en est rien. Pour plus de consistance, on devra se référer encore, pour ses qualités et malgré ses défauts, à l’enregistrement des Mélodies, paru chez DG en 1994 double CD, interprétées par Françoise Pollet, Anne Sofie Von Otter, John Aller et Thomas Allen.

Reste la question des voix. Le baryton fait encore illusion et s’en sort mieux que le ténor . Les duos sont sans doute les pièces les plus intéressantes. Jean-Louis Haguenauer au piano, sans transcendance, donne un certain relief à l’ensemble.

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