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Plácido Domingo : Great Scenes

On ne présente plus , après quarante ans de présence aux sommets de l’art lyrique. Warner réédite en DVD «Great Scenes» qui regroupe des captations sur scène d’extraits d’opéras, dans les années 1980 où semble avoir interprété tous les grands rôles de ténor du répertoire dix-neuviémiste. Malheureusement, la qualité de ces enregistrements laisse à désirer, en particulier l’image. Ce DVD n’en constitue pas moins un témoignage de l’extraordinaire activité du ténor.

La valeur des extraits est assez disparate. Dans Ernani, Domingo chante «Dell’esiglio nel dolore» comme personne, avec une prestance inoubliable. Il fait ensuite de «A te, scegli, seguimi» un superbe duo avec le grand Nicolai Ghiaurov, inoubliable basse bulgare.

Ce DVD est aussi l’occasion de réentendre avec plaisir les directions de quelques-uns des plus grands chefs qui ont marqué le XXe siècle, comme Riccardo Muti à la Scala en 1982 pour cette production d’Ernani. C’est dans le répertoire de Puccini que les admirateurs de Placido Domingo sont le plus gâtés. Dans Manon Lescaut, les airs «Mi tradisce il tuo folle pensier» et «Ah, non v’avvicinate» où Kiri Te Kanawa lui donne la réplique, Domingo est touchant aux larmes en jeune Des Grieux désespéré. Avec «Vedi, vedi, son io che piango» les deux grands chanteurs conservent allant et panache même lorsqu’ils se traînent sur la terre aride de Louisiane à l’acte IV. La Fanciulla del West ne marquera par contre pas les esprits. «Una parola sola !» se révèle assez ingrat et chanté de façon excessive avec une Minnie au bord de l’hystérie. A l’inverse, Domingo émeut encore par son timbre latin dans «Ch’ella mi creda». Hoffmann, rôle incontournable pour le ténor, est présenté ici dans une production de Covent Garden, sous la direction de Georges Prêtre. L’interprétation d’»Il était une fois à la cour d’Eisenach» a bien vieilli.

De manière générale, il est vrai qu’un public francophone supporte désormais difficilement les accents étrangers infligés à Hoffmann, surtout depuis que l’a immortalisé pour le disque dans un phrasé et une prosodie françaises impeccables. La «digression» d’Hoffmann dans la légende quand il évoque Stella est par contre dotée des superbes couleurs dont Domingo a le secret. Il dommage que l’extrait s’arrête là, sans la reprise de la Légende de Kleinzach. Enfin, le rôle d’Andrea Chénier qui va comme un gant au ténor, conclut cette compilation avec trois extraits, dont «Sì, fui soldato», et «Vicino a te» avec une Anna Tomowa-Sintow, superbe d’émotion et de musicalité en Madeleine, et le très beau «Come un bel dì di maggio», grand moment de poésie et de lyrisme où Domingo, tout en sobriété, se fait plus émouvant que jamais.

Un DVD qui pêche par le manque de «finition» (on aurait souhaité une image et un son restaurés et pourquoi pas des bonus ?) à réserver aux inconditionnels d’un des plus grands ténors du XXe siècle, à son zénith vocal.