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, qui succèdera à Bramwell Tovey comme chef titulaire et directeur artistique de l’ en septembre 2006 dirige l’Ouverture cubaine pour le plaisir des oreilles mais aussi des yeux. Il était en effet particulièrement amusant de voir l’ensemble de percussionnistes onduler au rythme de la musique. Si l’œuvre est accessible à tous, on ne peut malgré tout la mettre à n’importe quel pupitre. L’ouverture symphonique composée par Gershwin en 1932 après un voyage à la Havane affiche en effet une grande complexité, multipliant de nombreux motifs rythmiques dans l’accompagnement comme au chant. Il s’agit donc de garder un contrôle rigoureux de l’ensemble tout en étant capable de transcender toute la fantaisie de la partition. Le pari sera relevé avec succès, même si l’on sent bien que l’orchestre n’est pas dans ses murs et de ce fait non familier de l’acoustique de la salle philharmonique liégeoise. Le résultat révèle un très beau pupitre de cordes, très homogène et attentif à l’articulation de chaque phrasé. Mais derrière cela, l’harmonie se montre profondément en retrait et souffre d’un manque de réactivité parfois dérangeant.

Si n’est pas le plus médiatisé des pianistes, il a pourtant réalisé une centaine d’enregistrement : notamment les intégrale des sonates de Haydn et Beethoven ou encore les concertos de Brahms en collaboration avec Nikolaus Harnoncourt. Ses enregistrements comptent également de nombreuses pièces du XXe siècle. Si l’on devait ne retenir qu’un seul disque parmi la discographie du Concerto pour piano de Gershwin, l’enregistrement de Peter Donohœ sous la baguette de Simon Rattle (EMI) constituerait une option solide. La prestation de Buchbinder a su nous faire totalement oublier cette référence, tant par son brio technique (il doit être un grand habitué de cette partition pour la jouer avec une telle décontraction…), que par l’engagement dont il fait preuve dans son interprétation. Dès sa première entrée, Buchbinder installe un dialogue sain avec l’orchestre, condition sine qua non quant à la réussite de l’entreprise, tant le rôle de l’orchestre est important dans cette œuvre. En dehors de ses parties solistes, il n’hésite pas à se retourner vers l’orchestre pour maintenir le dialogue avec les musiciens. L’équilibre entre les différents registres est bluffant, le mot-clé pour résumer ce toucher est bel et bien le naturel. Krivine apporte un accompagnement soigné à cette brillante partie soliste, même si les petits défauts remarqués dans l’Ouverture cubaine persistent. On regrettera la prestation de la trompette dans le deuxième mouvement, visiblement dépassée par la difficulté du solo.

On demeure outre-Atlantique pour la deuxième partie de ce concert, avec une pièce de  : The Chairman dances, œuvre composée en 1985, parallèlement à son opéra Nixon in China, et duquel il importa une partie du matériel musical. Si on ne perçoit pas la même rigueur rythmique que dans nombre d’enregistrements britanniques ou américains (The Chairman dances est outre-Atlantique un classique des orchestres), a par contre su réaliser un travail intéressant sur les textures de son ensemble, suggérant une ambiance d’avantage feutrée.

L’orchestre luxembourgeois clôt cet après-midi avec Un Américain à Paris. Si comme l’affirme Gerhswin, l’œuvre n’a pas été composée comme une pièce à programme, son pouvoir de générer des images fortes reste absolu. Le point fort de ce concert restera néanmoins l’interprétation magistrale de , devant celle de l’orchestre. Il sera intéressant de l’entendre dans sa nouvelle résidence signée Portzamparc, pour pouvoir adopter un jugement plus objectif.

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