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Une réédition Hindemith aux multiples qualités

D’Australie, cette magnifique anthologie Hindemith nous ramène de vieilles connaissances – et non des moindres ! – constituant un concert des plus remarquables. Les trois œuvres proposées ici sont toutes postérieures à 1930 : après s’être opposé, dans tout l’éclat de sa jeunesse, aux diverses esthétiques de l’époque (dont l’écriture sérielle), (1895-1963) entre alors dans la plénitude de sa maturité en un art décanté, dépouillé, qui ne rompt aucunement avec la tradition, mais y conserve toute sa vigueur et sa vitalité. Cette période créatrice nous vaudra d’éloquents chefs-d’œuvre tels que l’opéra Mathis der Maler (1934) et les Nobilissima Visione (1938), témoignages d’un art qui gagne en diversité et en profondeur, tout en conservant sa robustesse et son originalité.

C’est alors qu’apparaît le Concerto pour violon et orchestre de 1939 (à ne pas confondre avec le Concerto pour violon et orchestre de chambre de 1925, faisant partie des sept Kammermusiken) : ce grand concerto de pleine maturité est l’un des chefs-d’œuvre du genre du XXe siècle, avec ceux de Béla Bartók, de William Walton, de Samuel Barber et de Karl-Amadeus Hartmann parmi bien d’autres. De ce concerto dont la complexité et la richesse sollicitent des qualités de finesse et de sensibilité qu’on néglige trop souvent, il existe plusieurs versions célèbres et de très haut niveau, notamment celle d’Isaac Stern sous la baguette de Leonard Bernstein (Sony/CBS), mais bien évidemment, la présence de en soliste royal et du compositeur au pupitre de direction (un an avant sa disparition) défie toute critique, d’autant plus que avait toujours la main heureuse pour l’exécution de ses propres œuvres (en atteste d’ailleurs une magnifique réédition de tous ses enregistrements réalisés chez Deutsche Grammophon, 3CD 474770-2), et même si une autre version pénètre plus encore l’intelligence musicale exigée par cette œuvre : celle d’André Gertler magnifiquement soutenu par Karel Ančerl et son admirable Philharmonie Tchèque (Supraphon SU 3690-2).

Les Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Weber, composées aux USA en 1943, suffiraient à elles seules à démentir l’image d’un Hindemith sec, mécanique et rude, tant elles témoignent d’une virtuosité d’écriture éblouissante : le compositeur, ivre de la liberté de son invention et de sa maîtrise, s’amuse en s’emparant de thèmes peu connus de Weber pour en soutirer non pas des variations, mais, comme l’indique le titre, des métamorphoses magnifiées par une richesse d’imagination, une virtuosité magistrale qui n’ont d’égales que la complexité d’écriture et la somptuosité instrumentale, véritable récital d’orchestre faisant de ces pages initiées par un compositeur d’une autre époque, l’une des partitions les plus personnelles et les plus admirables de Paul Hindemith ; la deuxième métamorphose s’inspire de la musique de scène de Weber pour la Turandot de Carlo Gozzi (qui engendra également les chefs-d’œuvre de Busoni et Puccini), tandis que les trois autres métamorphoses se basent sur des pièces pour deux pianos de Weber. Et c’est avec d’autant plus de plaisir qu’on y retrouve à l’aube de la grande carrière internationale que l’on sait, en une interprétation enthousiasmante parée de toute la richesse instrumentale du .

Toutefois, plus enthousiasmant encore est de retrouver un chef d’orchestre bien oublié de nos jours, (1900-1973), parfois orthographié Klecki. Dans cette interprétation chaleureuse et lucide de la Symphonie « Mathis der Maler » on admirera surtout la clarté, la lisibilité contrapuntique du Concert d’Anges (Engelkonzert), mais également l’ampleur majestueuse des cuivres dans les mouvements extrêmes, en une exécution de très grande classe.

Voici donc en un CD une des meilleures anthologies orchestrales Hindemith dont on puisse rêver, somptueusement captée à l’âge d’or de Decca – c’est-à-dire dans les années 60 – et par conséquent chaudement recommandée.