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Bacri dans la nuit

La rétrospective que consacre le label Triton à la musique de chambre de ressemble à une fête : notice détaillée de , présentation individuelle de tous les interprètes, boitier cartonné. Le disque couvre dix ans de la production du compositeur alors dans sa trentaine, interprétée par des musiciens dans leur vingtaine. L’illustration grisaillante de la jaquette constituée d’un arbre en hiver se découpant sur un ciel comme un couvercle est en adéquation avec le contenu du disque.

Le parcours de surprend. Compositeur prolifique, il est déjà à la tête de cent partitions. Auteur contemporain, il emploie les formes les plus classiques, symphonies, concertos, cantates, quatuors, trios, sonates… Alors qu’il n’est à peine qu’à mi-parcours de sa carrière, des institutions aussi prudentes que la SACEM et l’Académie des Beaux-Arts l’ont déjà récompensé pour « l’ensemble de son œuvre ». Autre ironie, c’est sur la base de son appartenance à l’avant-garde musicale des années 60 qu’il a eu le privilège d’être sélectionné comme compositeur en résidence à l’Académie de France, à Rome, de 1983 à 1985. Il devait s’en libérer à partir de 1987, composant des œuvres qui revendiquent sans complexe leur droit au lyrisme et leur filiation avec les modèles classiques. Depuis, la préoccupation d’être dans la lignée d’une grande tradition est omniprésente, au point qu’en une seule heure de musique, il rend hommage à John Adams, Elliott Carter, Dimitri Chostakovitch, Aaron Copland, Arnold Schönberg, Richard Strauss, Igor Stravinski et Kurt Weill.

La transcription de la Symphonie n°4 « Symphonie classique Sturm und Drang » (1995-1996) pour sextuor (clarinette, cor, violon, alto, violoncelle et piano) a été réalisée en 2005 par Clémentine Meyer, supervisée par le compositeur. Elle constitue la pièce la plus intéressante du disque, la seule aussi à utiliser tous les instruments de l’Ensemble Capriccioso. Chaque mouvement est un hommage, respectivement à Strauss, Stravinsky, Schönberg et Weill, et l’on s’amuse à reconnaître le style des maîtres à travers celui du compositeur. Les autres œuvres baignent dans une ambiance nocturne qui, en tout cas dans cette interprétation, peine à retenir l’attention, faute de relief, de tension ou de magie. Autant d’occasions pour ces jeunes interprètes de remettre l’ouvrage sur le métier ?

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