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Thomas Quasthoff et Malcolm Martineau, une leçon d’intimité

Il y a bien longtemps que l’on n’a pas vécu cela à l’Opéra de Munich : une Belle Meunière à guichet fermé. Plus de 2000 personnes se sont déplacées en cette chaude journée d’été pour assister à l’ouverture du festival d’opéra de Munich et pour écouter interpréter ce fameux cycle de lieder.

Chanter la Belle Meunière à l’Opéra de Munich – cela pouvait paraître risqué. Ces lieder demandent une grande intimité, mais dans cette vaste salle, le chanteur et son pianiste se trouvent loin d’une grande partie du public. Et pourtant, dès les premières mesures du premier lied, dissipe tous nos doutes. Grâce à une maîtrise absolue de l’instrument, à une prononciation exemplaire des textes et à une projection idéale de la voix, il remplit la salle sans forcer ses moyens – et sans renoncer à une seule nuance. Au contraire, la recherche de couleurs et de nuances est au centre de l’art de Quasthoff. Il nous apprend combien de variations existent entre mezzo piano et pianissimo. Il nous démontre comment la même phrase peut entièrement changer de caractère d’une strophe à l’autre parce que la couleur de la voix est différente. Et pourtant, cela n’a rien de maniéré, jamais Quasthoff ne privilégie le texte au détriment de la musique, jamais il n’expose sa voix seulement pour exposer sa voix. A tout moment, il met son art – son grand art – au service de l’œuvre.

Côté interprétation, Quasthoff nous offre un voyage quelque peu surprenant, très intériorisé et tout en demi-teintes. Dès le premier lied, ce promeneur semble entrevoir la déception finale. Même aux moments les plus heureux du cycle («Mein !», «Mit dem grünen Lautenbande»), où l’on pourrait attendre une voix éclatante et brillante, Quasthoff nous fait sentir ce triste présage. A maintes reprises, il privilégie des couleurs blêmes aux sons lumineux, pour deux lieder il choisit même une tonalité plus grave pour arriver à une couleur plus sombre. Pour cela, Quasthoff avait un pianiste idéal. , techniquement sans failles, s’avère, lui aussi, un maître des demi-teintes au toucher varié et à la sensibilité aiguë.

Malheureusement, le public avait du mal à suivre Quasthoff et Martineau sur ce chemin. Des toux permanentes, voire des applaudissements entre certains lieder ont souvent détruit l’atmosphère. C’est certainement pour cela que Quasthoff s’est vu contraint d’expliquer à la fin, que l’on ne pouvait attendre des rappels à la fin d’un tel cycle.

Crédit photographique : © DR

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