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Le faste du Merveilleux

Festival de Radio France et Montpellier 2006

L’édition 2006 du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon qui s’ouvrait ce mercredi 12 juillet par l’éblouissante Sémélé de Marin Marais nous permettra cette année, entre autres chef-d’œuvres déjà confirmés, de découvrir des partitions encore inconnues comme cet opéra perdu puis retrouvé qu’est Fiesque de Lalo chanté par le couple Alagna/Georghiu. Fidèle à sa politique de découvreur, René Kœring, grand ordonnateur des festivités, fait la part belle à la voix avec six soirées lyriques mettant à l’affiche Cantate et Opéra de Haendel – Alexander-Fest et Amadigi di Gaula – Vivaldi, Marin Marais, Lalo et Honegger dont on redonnait la très belle version scénique de Jeanne au bûcher conçue par Jean-Paul Scarpitta. On y croisera également des artistes de renom comme le pianiste Evgeny Kissin, la jeune Hilary Hahn ou le maître Aldo Ciccolini dont on pourra suivre, une semaine durant, les cours d’interprétation. Rappelons également – la chose n’est pas si courante – que le Festival propose chaque jour au public des projections de film et deux concerts gratuits accueillant, à 12h30, de jeunes solistes internationaux et à 18 heures des concerts de musique de chambre et de la musique d’aujourd’hui qui, depuis l’année dernière, est inscrite à part entière dans la programmation. Hors du Corum et de l’Opéra Comédie, le jazz, les musiques du monde et les fameuses Rencontres de Pétrarque permettent à un large public de vivre au rythme du Festival.

En ouverture du Festival et dans le bel écrin de l’Opéra Comédie, à la tête du Concert Spirituel « recréait » la Tragédie lyrique Sémélé de Marin Marais dont l’édition imprimée de 1709 ne restitue qu’une partition réduite – parties solistes, chœur et basse continue – qu’il fallut donc « restaurer » pour compléter les parties manquantes et faire revivre l’instrumentation dans l’esprit innovant et moderne qui caractérise l’art de Marin Marais. On s’étonne d’ailleurs que ce quatrième ouvrage, après le succès d’Alcyone en 1706 à l’Académie royale de Musique, ne fut pas applaudi par la cour comme il le fut, ce mercredi 12 juillet à Montpellier, par un public totalement conquis par le spectacle.

Ce n’était pourtant qu’une version concert qui nous privait de cette part de merveilleux donné par » les machines » de théâtre. Tirons d’abord un grand coup de chapeau à , maître d’œuvre de la soirée, qui, par son énergie et son sens inné de la dramaturgie, sut nous transporter dans l’Olympe et donner vie et relief à cette intrigue « fabuleuse » contant, une fois encore, les frasques amoureuses de Jupiter affrontant la colère de Junon. Différente de celle de Haendel, la Sémélé de Marin Marais pétrie de sentiments nobles et de fierté altière n’acceptera les avances du Dieu des Dieux qu’en exigeant la descente sur terre de Jupiter armé de son tonnerre ; accéder à sa demande c’est la condamner à la mort puisque la descente de gloire sera accompagnée d’un terrible tremblement de terre et d’une pluie de feu consumant tout à son passage. Mais la volonté des Dieux, ce Deus ex machina renversant in fine les situations les plus tragiques, sauve Sémélé des Enfers et l’installe aux Cieux où elle partagera l’éternelle gloire des Dieux.

Autant de situations d’exception qui mettent en valeur d’admirables symphonies descriptives exigeant une virtuosité phénoménale et totalement assumée de la part des cordes soutenues désormais par une partie très active de contrebasses. La musette pour les bergers, les castagnettes, guïro, tambours et trompettes viennent colorer l’ensemble selon les circonstances dramatiques, tandis que les flûtes allemandes, très sollicitées par Marin Marais, s’accouplent à la voix soliste pour souligner les épanchements amoureux comme dans le très bel air de Sémélé, « Amour, régnez en paix ». Blandine Stakiewicz, dans le rôle-titre, campe à merveille la noblesse de son personnage avec une aisance d’élocution et une assurance vocale étonnantes. Tout aussi séduisante, avec une souplesse admirable dans sa diction, nous enchante dans le rôle de Dorine, suivante de Sémélé. Au côté de Hjordis Thébault – une Junon au caractère bien trempé – domine son monde d’une voix superbement projetée et beaucoup de raffinement dans l’émission vocale. Si Emiliano Gonzalez-Toro – Adraste – fait preuve d’une grande efficacité oratoire, sa voix manque parfois de ductilité et d’aisance dans cette tessiture tendue. Moins sollicités mais tout aussi remarquables, les baryton et basse Marc Labonette et Stephan Mac-Leod incarnant le roi de Thèbes Cadmus et Mercure, viennent parfaire l’excellence de ce plateau. Mais le drame n’aurait pas cette intensité sans la présence du chœur qui, comme dans la tragédie antique, analyse, commente l’action et lui confère toute sa majesté. Avec une précision d’attaques et une homogénéité de pupitres qui laissent présumer la très grande exigence de son chef, le chœur en alternance avec les symphonies donnait à cette tragédie en concert l’illusion du spectacle total dans ce merveilleux décor naturel offert, ce soir, par l’Opéra Comédie.

Crédit photographique © Concert Spirituel; Nicole Bergé