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Aenas in Karthago de Kraus, un final en beauté

Pour sa dernière production de son mandat, Klaus Zehelein a souhaité célébrer les 250 ans de la naissance du compositeur . Exact contemporain de Mozart, il étudie à l’université de Mayence avec comme professeur Johann Christoph Kittel, un élève de Bach. En 1778, l’artiste rentre au service du roi Gustave III de Suède. Ce monarque ambitieux était alors désireux de faire de Stockholm une grande cité culturelle. Fortement apprécié dans la capitale suédoise, Kraus voyagea à travers l’Europe pour s’imprégner des différents styles musicaux, il rencontra Gluck et Haydn à Vienne. Passablement éclipsé par Mozart dans la postérité musicale, on peut toutefois se faire une idée de sa haute virtuosité d’écriture à travers une vaste série de disques éditée chez Naxos. On regrette vivement que l’anniversaire de sa naissance soit maintenu dans un scandaleux oubli tandis que certains festivals se remplissent les poches avec l’œuvre de l’enfant de Salzbourg. À notre connaissance, le Staatsoper de Stuttgart est, avec le festival de Schwetzingen [qui a proposé au printemps dernier des représentations de son opéra Prosperina], la seule institution d’envergure, à monter l’un de ses ouvrages scéniques.

Partition à la gestation complexe, Aeneas in Karthago entraîne le spectateur au cœur d’un intense marathon musical de près de quatre heures. Les péripéties, coups de théâtre et rebondissements maintiennent un rythme haletant et même parfois assez épuisant. Le style musical est difficilement descriptible tant l’esthétique de Kraus est fortement personnelle. On reconnaît à différents moments des idées reprises de Gluck, mais Aeneas in Karthago sans s’imposer comme un chef d’œuvre est une partition de tout premier plan d’autant plus que la musique était magnifiée par une interprétation du plus haut niveau avec l’affirmation de deux grandes voix en devenir.

Hautement réputé dans le répertoire contemporain, on attendait assez peu de miracles de la direction de . Pourtant, le directeur musical de l’opéra de Stuttgart tient solidement et finement la conduite de ce spectacle. Visiblement séduit par la musique, il galvanise son orchestre qui s’avère souple, léger, précis et bondissant. Encore peu connu en dehors de certains théâtres allemands, le ténor Dominik Worting possède l’étoffe pour devenir l’un des meilleurs chanteurs pour les opéras du XVIIIeme siècle. Le timbre est d’une superbe clarté, la projection du chant impeccable et la technique irréprochable. Certainement plus à l’aide dans les opéras du siècle suivant, l’Autrichienne est une magnifique Dido qui se joue d’un rôle écrasant et des nombreux pièges de la partition. Le reste de la nombreuse distribution n’amène que des éloges et les moindres petits rôles sont distribués à la perfection. Le chœur de l’Opéra de Stuttgart livre encore une performance de très haut niveau.

Enfant terrible de la scène allemande, semble être entré dans une phase de surenchère provocatrice. Cependant, ce spectacle, en dépit de quelques gags inévitables et suractivité scénique est plutôt sobre. Le metteur en scène se concentre sur l’action et sa progression. On sera un peu plus circonspect sur les costumes un peu kitsch, mais l’ensemble de ce travail est intéressant et cohérent.

La journée se terminait par un concert de gala donné en l’honneur de Klaus Zehelein. Devant une salle pleine à craquer qui lui réserva une très longue ovation, l’intendant fut honoré de décorations et de discours du ministre président du Land du Bade Wurtemberg et du bourgmestre de Stuttgart. Différents chanteurs de la troupe de l’opéra et le chef d’orchestre furent portés aux grades supérieurs du Staatsoper de Stuttgart. Entre ces remises de prix, les chanteurs, le chœur et l’orchestre offrirent au public de courts extraits d’opéras. La soirée s’acheva par un final de Falstaff porté à incandescence par le chef d’orchestre .

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