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Bruckner à Aachen, une belle carte de visite

L’ semble être en train de réaliser une intégrale des symphonies de Bruckner, ce disque de la n°5 venant après les 7 et 8, toutes enregistrées en public à la Cathédrale Saint-Nicolas. Le projet peut paraître présomptueux pour un orchestre régional allemand qui n’a jamais été très médiatisé, mais il faut se souvenir qu’Aachen est un centre musical relativement important, et que le poste de Generalmusikdirector de la ville a souvent été dans le passé un tremplin vers des emplois plus huppés. Parmi les chefs qui y ont exercé à leurs débuts, on peut citer rien moins que Fritz Busch, Herbert von Karajan et Wolfgang Sawallisch !

réalisera-t-il une carrière aussi glorieuse que ses éminents prédécesseurs ? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais cet enregistrement révèle déjà de grandes qualités de chef : mise en place excellente, transition bien conduites, crescendos majestueux, allure générale ferme et décidée, bel étagement des plans sonores, clarté des épisodes fugués… Un vrai chef est à l’œuvre, qui a du métier, qui tient son monde et qui sait faire chanter son orchestre même dans les moments les plus arides. On peut cependant lui reprocher une approche un peu trop sèche, manquant de ferveur et d’élévation, top « premier degré ».

Pour cet enregistrement effectué sur une seule soirée, le Sinfonieorchester Aachen mérite beaucoup d’éloges, et réalise, dans cette symphonie si difficile, une prestation très méritoire. L’ensemble est très discipliné, puissant et homogène. Il n’a assurément pas la plénitude sonore des grandes philharmonies, mais les cordes, un peu métalliques, font preuve de finesse d’engagement et d’intensité. Seuls les cuivres déçoivent, par un jeu assez agressif, manquant de rondeur, et pas toujours juste.

Bien sûr, ce disque ne révolutionne pas la discographie de la Symphonie n°5 d’, et il faudra encore longtemps compter avec le monument dressé avec humilité et patience par les Berliner Philharmoniker et Günter Wand (RCA), avec la version fervente de Jochum dirigeant le Concertgebouworkest à Ottobeuren (Philips), comme avec l’extraordinaire concert de 2004 de Nikolaus Harnoncourt, qui obtient des Wiener Philharmoniker un son puissant et léger, doux et fort, absolument inouï (RCA). Néanmoins, ce disque ne déparera aucune discothèque brucknérienne, et il prouve qu’un orchestre méconnu peut jouer Bruckner avec éclat quand il est dirigé avec probité et intelligence.

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