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Boulez dirige la Résurrection de Mahler

Après la Symphonie n°3 gravée en mars 2003 et ses critiques mitigées, Boulez continue son avancée dans Mahler et s’attaque à un des grands piliers du compositeur autrichien : sa Symphonie n°2 dite « Résurrection » en ut mineur.

Alors que les versions de référence ne manquent pas (Klemperer 1962 : Philharmonia, Schwarkopf, Rössl-Majdan EMI ; Bernstein 1963 : New York Philarmonic, Venora, Tourel, Sony, ou encore la version très appréciée de Zubin Mehta avec le Wiener Philharmoniker, Ludwig, Cotrubas, 1975, Decca), la version de , qui avait déjà enregistré le Todtenfeier en 1996 avec le Chicago Symphony Orchestra, n’est pas de trop. Comme à son habitude, le très médiatisé chef d’orchestre est fidèle à sa lecture très analytique de la partition et à sa précision légendaire de direction. Là où d’autres font brouillon, Boulez allie parfaitement clarté et densité, volupté et puissance… La lourdeur des premières notes de l’Allegro maestoso annonce une symphonie très dure, réaliste et tragique. Le travail sur les tempi est remarquable ; Boulez prend des risques, considérant la noire tantôt pour une croche, tantôt pour une blanche. Mais l’essentiel y est. Le Wiener Philharmoniker resplendit de fraîcheur et nous offre là un spectacle digne de ses années de succès historiques : des cordes vibrant sous le feu dramatique, des percussions frappant la Grosser Saal de Vienne avec force et violence, des vents tout à fait remarquables…

L’entrée en scène de Michelle De Young dans le 4ème mouvement nous laisse admiratifs. Tel un souffle apaisé plein de réflexion et de majesté, la voix de la mezzo-soprano s’élève à merveille entre les deux mers déchaînées des 3ème et 5ème mouvements. Le final « à la Beethoven » souffre cependant d’un certain nombre d’inégalités. Boulez devient trop analytique, la raideur l’emporte sur l’entrain, trop de motifs identiques sans relief musical, la tension dramatique disparaît et la rigidité s’installe pendant de longues minutes. Cette rupture nous permet néanmoins d’apprécier à sa juste valeur la fin du mouvement, avec notamment un duo Schäfer/De Young explosif chantant « la Résurrection » de Klopstock et de Mahler, appuyée par un orgue aux accords imposants.

Une très belle version dans l’ensemble, malgré un final approximatif qui vient légèrement ternir les remarquables premiers mouvements. Certains peuvent ensuite reprocher à Boulez son choix des tempi, parfois très rapides, souvent très lents, mais rarement injustifiés ou injustifiables. Question de goût. L’enregistrement de la Symphonie n°8, prévu pour 2007, viendra clôturer le cycle mahlérien de . Ce sera peut-être l’occasion pour le chef d’orchestre de laisser, avec son interprétation de la Symphonie n°6 enregistrée en mars 1995 avec le Wiener Philharmoniker, une autre version de référence dans un répertoire où la discographie est impressionnante…