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Weinberg est-il soluble dans Chostakovitch ?

Mieczyslaw Weinberg (Moïse Vainberg en russe) n’avait pas honte de le dire : « Bien que je n’aie jamais eu de leçons de Chostakovitch, je me considère comme son élève jusque dans ma chair et dans mon sang ». En 1944, le « maître » Chostakovitch écrit son Trio pour piano, violon et violoncelle, qui compte parmi ses grandes œuvres de musique de chambre. En 1945, « l’élève » de 26 ans, compose le sien. Les deux œuvres sont parentes par le style et l’expression, mais c’est bien à Weinberg que l’on doit les motifs de musique juive qui imprègnent les deux œuvres. L’élève a influencé le maître, il est devenu son ami.

Weinberg a donné à Chostakovitch les clés, ou en tout cas certaines clés de la musique juive, que celui-ci a intégrées pour des raisons musicales, amicales et politiques. En 1944 en Union Soviétique, ce n’était pas la fin des problèmes pour les Juifs, à peine le début, avec une chasse aux Juifs aussi réelle qu’inavouée et qui allait s’officialiser en 1953 avec le « complot des blouses blanches ». Weinberg fut alors arrêté et torturé, et ne dût sa survie qu’à la mort de Staline. C’est dans ce contexte qu’il faut écouter ces deux trios. (1899-1958), le troisième compositeur figurant sur ce disque, est une triste illustration du parcours des musiciens juifs de cette époque. Célébré dans l’Allemagne de la République de Weimar, joué par Toscanini à New-York en 1933, Weprik fut arrêté en 1950 et passa quatre ans au goulag, avant d’être lui aussi sauvé par la fin du totalitarisme stalinien. Si les Trois danses populaires, placées sur le disque entre les deux trios, font l’effet d’une pause presque relaxante, il faut garder en mémoire le prix que payaient à cette époque les hommes comme Weprik pour avoir défendu leur culture.

Après leur disque « Eli Zion » consacré à la « Nouvelle Ecole Juive », et David Geringas, continuent leur investigation de la musique juive en Union Soviétique, cette fois accompagnés par Dimitri Sitkovetsky. S’ils sont nés respectivement en Russie, Lituanie et en Azerbaïdjan, tous trois ont été formés au Conservatoire de Moscou et cela s’entend, à l’articulation grave et nette, à la densité de leur expression. Ils ajoutent à cela le rugueux crin-crin des violoneux yiddish, ce qui donne un supplément d’âme et de présence à ces très belles œuvres, qui s’apprécient dans leurs trois dimensions, musicales, politiques et amicales. Judicieusement, le disque s’ouvre par le Trio de Weinberg, ce qui permet d’apprécier l’art de ce compositeur pour lui-même (voir également son Quintette avec piano). Même en comparant les deux œuvres, le Trio de Weinberg fait très bonne figure. Un excellent disque par des musiciens engagés, dont l’interprétation comme la démarche artistique sonnent profondément juste.