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Aida selon Robert Wilson

Avec un retard considérable sur les autres maisons d’opéra internationales, le Théâtre Royal de La Monnaie de Bruxelles se lance enfin dans l’édition d’une série de DVD, éditée chez Opus Arte. Le premier titre est dédié à la désormais célèbre production d’Aida dans une scénographie de Robert Wilson, coproduction entre le théâtre belge et le Royal Opera House de Covent Garden. Filmé lors de la seconde série de représentations à l’automne 2004 (la production fut créée en 2002), ce spectacle produisait un effet magique. Le système Wilson est certes connu d’avance ; costumes japonisants, éclairages subtils, statisme des gestes, mais il sied à merveille à cette œuvre très rigide dans ses relations entre les statuts sociaux des personnages. On saura également gré au metteur en scène américain de dépoussiérer le livret de son fatras égyptien, tout en gardant une certaine magie. Réputé froid, Wilson sait pourtant créer une émotion à l’image d’une scène finale aussi minimale que suggestive. Malheureusement, la réalisation se prend largement les pieds dans le tapis et elle nuit plutôt gravement à la perception de ce rituel visuel. Les zooms, les curieuses surimpressions visuelles, la gestion des plans cassent le rythme et la magique lenteur de ce spectacle.

Au niveau musical, il faut compter avec une prestation hors du commun du directeur musical . Peu attendu dans ce répertoire, il est au diapason du scénographe pour livrer une lecture sèche et dynamique de la partition. Refusant tout pathos et tout exotisme, le chef d’orchestre insiste sur la solidité de la structure dramatique de la pièce. Le chœur de La Monnaie est, comme à son habitude, excellent.

La distribution est malheureusement assez décevante. Certes, en scène, tous ces chanteurs se tiraient à merveille de leur rôle, mais l’épreuve du support discographique ou vidéographique les fait rentrer de plain-pied en concurrence avec des légendes du chant verdien. Aucun de ces solistes n’est scandaleux, mais vocalement, il s’agit de petits gabarits. De cette honorable moyenne n’émerge que l’Aida de . Habituée de ce rôle qu’elle chante sur les grandes scènes mondiales, la soprano séduit par la délicatesse de son timbre et sa musicalité. Révélation de ce spectacle lors des premières représentations en 2002, la mezzo Ildiko Komlosi fait forte impression avec une projection et un timbre assez impressionnants. Le reste est bien banal à l’image du Radamès court en voix et en projection de ou du puissant mais bien brutal et fâché avec l’articulation (Amonasro),

Ce DVD intéressant mais inabouti musicalement symbolise bien l’évolution de La Monnaie : l’essentiel des moyens est placé sur la mise en scène au détriment de la qualité des distributions. Les admirateurs de Wilson et les amoureux de l’œuvre ne pourront pas faire l’impasse sur ce travail, mais pour découvrir le style wilsonien, il est recommandé d’acquérir, toujours chez Opus Arte, sa vision de Madame Butterfly filmée avec tact et talent à Amsterdam (Référence : OA 0936D).