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Ouverture du cycle « New Consonant Music » : De l’easy-listening et rien de plus

Avant le concert, un laïus de Gérard Sutton pour prévenir l’auditoire que les pièces qui vont suivre sont comme des emblèmes, au regard d’un concept : « la « Nouvelle Musique Consonante » invite tout compositeur à rechercher un langage personnel à partir des possibilités infinies qui s’offrent à lui dans l’organisation du » spectre harmonique ». Les œuvres au programme s’alignent effectivement sous un même label. Autour de l’éditeur belge Alain van Kerckhoven, les compositeurs et (présents à l’Entrepôt ce 28 septembre) et l’historien Gérard Sutton ont défini cette nouvelle branche du post-modernisme : « Les musiciens qui ont accepté de se placer sous le label de « Nouvelle Musique Consonante » nous proposent une musique dictée par l’émotion. Elle doit créer un climat sonore propice à réunir le compositeur, l’interprète et l’auditeur autour d’un dialogue entre l’Ombre et la Lumière, l’Immanent et le Transcendant. »

Sinon que les compositeurs ressortent parfois perdants, quand ils se livrent aux exigences de leurs thuriféraires. L’œuvre de n’est pas vraiment suggestive, mais nettement évocatrice, cinématographique au possible, sûrement plus que concertante. Si le violon peut parfois sembler larmoyant, le xylophone suit un phrasé sans aspérité, soutenu par des nuances huileuses que rien ne vient vinaigrer, sinon la distribution des mouvements, alerte et modestement crâneuse. Encore, la Suite op. 99 d’ est trop occupée à dessiner des ambiances pour que sa texture ne se laisse percer. Quant à la prévention d’introduction de Gérard Sutton (qui, à propos de cette œuvre, annonçait qu’elle devait démontrer que « la dissonance n’existe pas »), elle amenuise de toute façon la nervosité d’un forte dissonant, superficiellement en effet, la seule rigueur des exécutants suffisant à nourrir l’homogénéité terrible du contrepoint (régularité formidable du tempo, renforcée par les homorythmies entre le piano et le vibraphone, malgré un violon quasi-agressivement lyrique).

La seconde œuvre du belge Michel Lysight, Chronographie 3, commence par une friandise contrapuntique : en exposant successivement la même formule, chaque fois différemment incomplète, le jeu de permutation calcule ses effets et, pour le plaisir de ses variations, ne sort jamais vraiment de ce qui s’entend comme un devoir d’euphonie (même s’il aboutit à quelque forte poignant, cela finit par, trop tentantes, quelques reprises de thèmes des plus apaisantes). En création mondiale, l’œuvre du français offre un contrepoint cette fois plus spectaculaire. Ces Trois visions sonores utilisent la variété des percussions et de leurs possibilités sonores avec une gourmandise rentrée, sinon retenue. Exigence incertaine ou seul charisme formel, la recherche de l’émotion est alors tellement appuyée qu’il faut être prédisposé (ou très volontaire) pour s’en éprendre. Curieusement, le temps du poignant reste compté, si bien que cela fait penser à la scène triste d’une comédie dramatique, triste mais apaisée, puisque le happy end n’est surtout pas compromis (avec tambour pour preuve).

Pour finir, l’œuvre de agence quelques formules très graphiques, pour que les jeux de lutherie ne s’en ressentent trop dissolus. Si le solo de coupelles peut amuser, celui du violon s’entend plutôt poussif. Le mélodisme pataud du mouvement lent n’a pourtant rien d’ironique, tant l’Allegro final est sérieusement généreux, plein de pizz réconciliateurs.

Crédit photographique : © CeBeDeM

Paris. L’Entrepôt. 28-IX-2006. Michel Lysight (né en 1958) : Enigma ; Chronographie 3 ; (1911-2000) : Suite op. 99  ; Dominique Dupraz (né en 1947) : Trois visions sonores ; (né en 1917) : Varied trio. Sarah Mouradoglou, percussions ; Elisabeth Deletaille, violon ; Leonardo Anglani, piano.