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La leçon de Maître Baudo dans le Roméo et Juliette de Berlioz

Nouvelle initiative commune d’Angers-Nantes-Opéra et de l’Opéra de Rennes, en coproduction avec l’Orchestre de Bretagne, Roméo et Juliette nous offre l’occasion de retrouver à la baguette un grand serviteur du compositeur : , créateur naguère du Festival Berlioz à Lyon (déménagé depuis à la Côte-Saint-André) et dont les apparitions hexagonales ont été trop rares depuis quelques années. Son expérience n’est pas superflue pour faire miroiter tous les aspects de cet ouvrage inclassable où le meilleur (l’inspiration mélodique, l’exceptionnel pouvoir d’évocation de l’orchestre et bien entendu la puissance du final) voisine avec le moins inspiré (la versification laborieuse d’Emile Deschamps, certaines facilités rythmiques dans la scène du bal ou encore la relative neutralité de la scène d’amour dans laquelle nous eussions souhaité que le compositeur anticipât sur les accents de troublante et languide sensualité de la nuit sicilienne de Béatrice et Bénédict). Avec ses forces et ses faiblesses, cette symphonie avec chœurs demeure passionnante, surtout sous la conduite un tel maître d’œuvre, qui d’entrée joue de la verdeur des cordes dans la scène de combat avant que les cuivres en majesté saluent l’entrée du prince et que bientôt les bois se répandent en éclats joyeux. s’appuie sur une gestique économe et précise pour imposer une lecture ample et contrastée, tirant le meilleur d’un Orchestre de Bretagne en bonne forme. Jouant d’une large palette de couleurs, le chef mène sans heurts les instrumentistes de la fièvre à la mélancolie.

est-elle réellement le contralto exigé par  ? Cette gracieuse cantatrice semble plus d’une fois mal à l’aise face à la partition, la voix accusant un vibrato très prononcé et quelques soucis dans les forte. Sa tension perceptible est cependant rachetée par une délicate musicalité et une diction châtiée. On retrouve cette dernière qualité chez le Nantais , qui détaille avec gourmandise le très payant scherzetto de la reine Mab. Mais c’est à la basse que revient la plus redoutable tâche, celle de conduire le final, ce que réussit remarquablement le Rennais , très investi et usant de toutes les ressources d’un instrument sonore, homogène et joliment timbré, pour signer une louable prestation. Dans cet ouvrage, les choristes jouent un rôle particulièrement important et les forces réunies des deux maisons ne déméritent pas ici, en dépit de quelques imprécisions dans le dialogue des deux chœurs qui précède la scène d’amour. Le petit chœur se montre en revanche tout à fait à son avantage dans le prologue, de même que la masse chorale tout entière dans le lumineux final qui scelle le serment de réconciliation des deux familles ennemies sur les corps de leurs enfants sacrifiés.

A l’arrivée, le public est conquis tout autant par la partition que par la qualité de l’interprétation et salue les musiciens de chaleureux rappels que le chef interrompra malicieusement en indiquant à tous qu’il est tant d’aller dormir. Merci M. Baudo pour cette belle leçon d’interprétation dédiée à un compositeur qui semble enfin être devenu prophète en son pays…

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