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Voyageur en perdition

a montré en son temps la réelle pertinence d’une transposition vers la voix féminine du chef d’œuvre vocal de Schubert initialement prévu pour voix d’homme (traditionnellement et peut-être abusivement réservé au baryton et à la basse). Accompagnée d’une manière incomparable par Aribert Reimann, LA Fassbaender a mis la barre très haut. Autant dire que ne l’inquiètera en rien.

Les choses commencent très mal, par un « Gute Nacht » au tempo rageur, d’une célérité injustifiable dans ce qui est certainement une des plus grandes mélodies du Lied allemand. Moins de quatre minutes pour expédier la lente mélancolie d’un être (androgyne) qui se sait repoussé et dont la lente descente aux enfers mettra quand même 24 étapes ! Notre héroïne est morte dès la deuxième mesure, stressée, hystérique et aux confins de la folie dans un registre qui nécessite la lente méditation.

Dès lors, tous les répits mélodieux ( « Lindenbaum », « Leiermann »…) sont pris sur ce même pas de course et ne résistent à cette cadence infernale que par le souvenir des grandes incarnations de ce cycle ( Fischer-Dieskau, Hotter, Prey…) Car c’est bien le cadavre de Schubert que l’on traîne ici dans une nuit plus froide que tous les hivers. Pourquoi s’évertuer, s’égosiller au milieu de ces notes d’une simplicité souveraine. Il n’est pas nécessaire de dramatiser à outrance une œuvre qui, dans l’absolu, a sans doute été bien trop chargée par le romantisme. Les nouvelles traditions d’interprétation en vigueur depuis 15 ans maintenant visent à ouvrir Winterreise à d’autres interprètes que les seuls titulaires du rôle de Wotan. Mais Michael Schade et son école sont restés fidèles aux bases de Hotter ou de Prey pour aller dans de nouvelles directions sur des bases solides. Christine Schaeffer est loin du compte et son Voyage d’hiver ne brûle jamais d’un feu de glace.