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Daphné, l’opéra vert de Strauss

Difficile de comprendre pourquoi Daphne reste un opéra assez méconnu, quand on pense à la beauté de son final orchestral, sans doute le plus réussi de tous les opéras de Strauss.

Toutes les caractéristiques du style musical de Strauss sont par ailleurs présentes, avec une écriture très contrapuntique, des leitmotivs récurrents, une orchestration tantôt dense et luxuriante, tantôt claire et transparente, de nombreux solos de violons, et toujours cette préférence pour les monologues féminins. Il y a des échos de la Symphonie Alpestre, un avant-goût des Métamorphoses, et une recherche de sonorités parfois bien plus classiques (comme dans l’ouverture par exemple).

Daphné est un des tous derniers opéras de Strauss, composé à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, avec la collaboration de Joseph Gregor, un modeste librettiste dont Strauss ne fut jamais entièrement satisfait. Et ce malgré les révisions effectuées par l’écrivain autrichien d’origine juive, Stefan Zweig, avec qui Strauss avait créé La femme silencieuse en 1935 (ce qui avait fortement contrarié le régime nazi).

Daphné est un opéra en un seul acte qui reste d’inspiration fidèle au mythe classique grec, avec tout son caractère cérémonial, sa métaphysique abstraite où les hommes sont identiques à la nature et aux Dieux. Daphné est une jeune vierge excentrique, qui se sent plus attachée à la nature qu’à la civilisation, et qui ne partage pas la joie des autres pour la fête du dieu Dyonisos. Leukippos, un berger, et Apollon, le Dieu du Soleil, sont tous deux épris de la jeune fille, mais Daphne ne répond pas à leur amour. Elle est au désespoir lorsqu’Apollon tue Leukippos, et c’est pour soulager sa peine innocente qu’Apollon implore les dieux de la rendre immortelle, en la faisant fusionner avec la Nature qu’elle aime tant. La dernière et très belle scène de l’opéra voit Daphne se métamorphoser en laurier, sur fond de musique purement orchestrale.

C’est une émouvante version que nous proposent tous les formidables acteurs de cet enregistrement au Théâtre de la Fenice de Venise en juin 2005. Les chanteurs autant que l’orchestre et son chef servent magnifiquement bien cette œuvre de Strauss pleine de grâce et de beauté, dénuée de tension, où l’amour rejoint la nature, passant outre le mal et la guerre. est tout à fait exemplaire dans son rôle de Daphné. La mise en scène est très sage, sans excès ni anachronismes, avec des costumes aux couleurs fades et un important jeu d’ombres et de lumières. C’est en somme une réactualisation relativement sobre et peu imaginative du mythe classique de Daphné. Peut-être que l’insuccès de l’opéra est davantage dû au scénario peu palpitant qu’à la musique de Strauss, qui n’est en rien reprochable et tout à fait digne de la réputation du compositeur.

Espérons que cet excellent DVD, qui jouit d’une réalisation vidéo en haute définition très réussie, (et qui débute aussi par un petit voyage musical dans les rues de Venise) permettra à Daphné d’accéder à une plus grande popularité auprès des straussiens et passionnés de musique lyrique. On n’a relevé qu’un seul petit défaut un peu agaçant : la lignée de fautes de frappe dans les sous-titres en français.

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