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Mariss Jansons n’aura pas trouvé la foi

Le nouveau disque du label autoproduit de l’Orchestre du Concertgebouw a choisi de confronter deux pièces de musique religieuse française radicalement contrastées. et son orchestre ambitionnent en effet de porter au disque le lumineux et optimiste Gloria de Poulenc couplé à la Symphonie n°3 d’Honegger, qui à la sortie de la Guerre, n’exprime aucun sentiment de libération, mais développe au contraire des atmosphères sombres et complexes.

Nous attendions avec impatience le résultat de ce travail, Janson n’étant pas familier du répertoire de Poulenc, alors que la discographie de cette pièce peut encore largement faire la place à de nouvelles captations. Malheureusement, ce Gloria aura du mal à s’imposer, face à quelques références solides. La direction de Jansons est pressée, parfois brutale et laisse rarement place à des respirations dans son discours. L’auditeur qui aura goûté à la spiritualité développée par Georges Prêtre ou bien Richard Hickox dans son enregistrement où l’orchestre est en symbiose totale avec la soprano Catherine Dubosc sera peiné du côté « premier degré » de la lecture de Jansons. Luba Orgonasova pèche par un manque de soutien dans ses phrasés, ainsi que par un vibrato parfois envahissant. La clarté du timbre de Judith Blegen (Bernstein chez CBS) était bien plus enthousiasmant. La captation de qualité moyenne ne nous permet pas d’apprécier le Netherlands Radio Choir à sa juste valeur et achève de nous convaincre que cette version est dispensable.

A l’heure actuelle, pour qu’un disque soit crédible, il faut que la qualité technique soit au minimum du même niveau que les premières références. Or la comparaison montre que visiblement, on travaillait mieux il y a quinze ans, le disque de Hickox chez Virgin étant tout simplement exemplaire.

Dans la symphonie n°3 de Honegger, que Jansons avait déjà enregistrée chez EMI, couplé à la symphonie n°2, on perçoit que l’équipe technique est plus à l’aise, lorsqu’elle n’a plus à gérer un chœur et une soliste en plus de l’orchestre. La restitution traduit de manière très sensible l’ambiance du concert. Seule l’exacerbation des dynamiques peut rendre l’écoute parfois fatigante. Une nouvelle fois, Jansons exploite des tempi plutôt rapides, rappelant le travail de Dutoit chez Erato.

Les lectures plus posées de Serge Baudo (Supraphon) ou Herbert von Karajan (catalogue DG) garde nos faveurs, par la maturité de son propos. La comparaison du troisième mouvement est éloquente. Karajan développe une longue plainte par le thème offert aux cors, suivie d’un final dominé par l’espoir et la lumière. Jansons donne à ce troisième mouvement un caractère plus martial, et le final ne convainc pas, car désincarné. Nous avons connu beaucoup plus engagé, nous avons grande hâte de le retrouver.