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Tournée de Zaïde(s), dialogue musical entre Mozart et Bernard Cavanna

On ne sait pas exactement pourquoi Mozart n’achève pas Zaïde qu’il laisse en 1780 sans ouverture ni partie finale, sans dialogues et même sans titre ; l’ouvrage en chantier fait un peu figure de work in progress que Mozart mènera à maturité deux ans plus tard dans l’Enlèvement au Sérail. On y trouve cependant des pages d’une intense beauté et on se souvient de cette intéressante « restitution » qu’en avait donné l’Orchestre de l’Opéra de Rouen/Haute Normandie, sous la direction d’ et dans la mise en espace d’Emmannuelle Cordiolani sur la scène de la Cité de la Musique.

Autre adaptation, non moins intéressante mais beaucoup plus radicale, celle de /Michel Rostain présentée ce dimanche 28 Janvier à la Maison de la Musique de Nanterre. Au départ du projet, la volonté de la part de Cavanna de terminer Zaïde à sa façon, en projetant dans l’actualité la mort de l’héroïne, victime de la violence de son conjoint Slimane (alias Soliman), un anti-héros à la Wozzeck – bien campé par le ténor – exhibant ses gants de boxe et s’acharnant dès le lever de rideau sur son punching ball. Par le biais de la vidéo souvent sollicitée dans le spectacle, nous apprenons que le cadavre de Zaïde a été retrouvé ce matin dans un terrain vague…. Un journaliste – le baryton qui prêtera ses talents de chanteur et de narrateur tout au long du spectacle – commente ce fait divers sordide, revient sur l’histoire du couple par le biais de flash back et interroge le meurtrier sur fond de « voix off » dénonçant les violences conjugales.

Placé derrière le décor unique d’un bain turc très envahissant – et qui s’avère bientôt sans grande efficacité scénique – l’orchestre de Basse Normandie sous la direction très investie de cerne de très près la dramaturgie par le biais d’une musique volontairement frustre et terriblement efficace, celle de qu’il sait rendre vibrante – sans aucun pathos cependant – dans un temps presque figé exprimant l’effroyable matérialité des faits dont nous sommes les témoins silencieux. Comme dans sa « messe un jour ordinaire », est à l’aise avec la langue française qu’il fait chanter avec beaucoup de naturel à travers une vocalité souple et parfois mélismatique, stylisée certes mais sans maniérisme, restituant toute la force du discours.

Si Zaïde Actualités précède le Zaïde de Mozart alors qu’il est censé le conclure – il réapparaît cependant dans la petite reprise finale – c’est précisément parce qu’il explicite l’adaptation que fait Michel Rostain du singspiel inachevé, remaniant le livret de en en détournant sensiblement le propos, supprimant les récitatifs au profit de dialogues en français – mais toujours ponctués par l’orchestre ! – et réalisant une sorte de mix français/allemand dans les parties chantées : en bref, une version très personnelle – souvent alourdie par des commentaires sentencieux – où l’on retrouve, certes, la musique, les airs et les ensembles de Mozart bien défendus par l’orchestre et les trois protagonistes – dans le rôle titre, et – mais dénués de ressort dramaturgique, une faiblesse à laquelle une mise en scène moins statique aurait sans doute pu remédier.

Crédit photographique : © Caroline Ablain