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Soirée Menotti à l’Opéra-Comique, un bon présage

En assistant à la reprise à l’Opéra-Comique du Spectacle de l’Opéra de Lausanne, Le Téléphone – Amelia al ballo, on ne peut que souscrire point par point au commentaire élogieux de notre confrère Jacques Schmitt.

Œuvres de la première moitié du XXe siècle, Le Téléphone (1947) et Amelia al ballo (1937) témoignent d’une image de la femme frivole et sans cervelle bien dépassée de nos jours, mais encore amusante, car prise au second degré. Gratuité des textes, ironie de la musique, humour de la mise en scène, un véritable cocktail gagnant ! Le Téléphone raconte l’histoire d’une jeune femme scotchée au maudit appareil, au point que son soupirant ne parvient pas à lui faire sa demande en mariage, ce qu’il finira par réussir… au téléphone. Bien que les demandes en mariages soient moins cérémonieuses de nos jours, peut-être la situation pourrait-elle encore être d’actualité par le biais du SMS ? (ziva satdit kon s’pax ?). Le décor représente un téléphone énorme, pouvant servir de canapé. Charmant hors d’œuvre musical de moins d’une demi-heure, cette jolie pochade met principalement en valeur les jolies voix et la bonne diction de Katia Velletaz et Benoît Capt.

Amelia al ballo met en scène une jolie jeune femme prête à tout pour aller au bal, y compris à occire son époux et à faire accuser son amant. La musique que Menotti a imaginée pour accompagner ce livret léger, léger, est absolument tordante : pastiche du pré-vérisme verdien ou puccinien, la soprano entame un grand air de désespoir, bras levés au ciel, car on lui interdit d’aller au bal, tandis que le ténor se montre ombrageux comme un Turridu. Impayable, vraiment. Et la mise en scène, décors légers (un mur tournant, un lit) et direction d’acteurs ultra-précise, est parfaitement en phase avec les intentions du compositeur.

De la distribution, on retiendra surtout la très belle soprano , mais les autres, en mari jaloux, Graziela Valceva Fierro en bonne copine, David-Alexandre Borloz en chef de police avantageux, ne sont pas mal du tout non plus, même si parfois le ténor Davide Cicchetti se laisse couvrir par l’orchestre. Orchestre qu’on entend d’ailleurs bien souvent un peu désordonné et pas trop homogène.

Charmante soirée, donc, à l’Opéra-Comique, salle tellement aimée qu’on avait désertée depuis trop longtemps. Spectacle joli, léger, intelligent, si loin des lourdingues et mochdingues productions « à message » qu’on nous inflige ailleurs à Paris !

Bien qu’il s’agisse d’une programmation de l’ancienne direction de l’Opéra-Comique, pourrait-il s’agir d’un bon présage pour la prochaine saison, dont rien que la lecture sur la brochure nous met l’eau à la bouche ?

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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