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Riccardo Muti dirige la Messe solennelle de Berlioz

Si les week-ends estivaux et vacanciers ne sont guère favorables à la fréquentation des salles de spectacle, il y avait cependant deux bonnes raisons pour se rendre au Théâtre des Champs-Élysées les 14 et 15 avril derniers : le passage du Maître invité comme chaque année sur la scène du Théâtre pour y diriger l’ et l’œuvre mise à l’affiche du programme, cette Messe solennelle abandonnée par Berlioz dont on redécouvre le manuscrit en 1991 dans les archives de l’église Saint-Charles de Borromée d’Anvers : une « œuvre-tremplin » que le compositeur ne juge pas opportun de mettre à son catalogue, mais en extrait les meilleures idées pour les réutiliser dans son œuvre à venir, le Carnaval romain, la Symphonie fantastique, le Requiem et le Te Deum notamment.

Le concert débutait par un instant de grâce absolu avec le Concerto pour clarinette de Mozart interprété avec beaucoup de finesse et de justesse par Patrick Messina – soliste du National depuis 2003 – dialoguant avec l’orchestre en osmose parfaite. Muti cherche la vocalité des lignes, enjouées et spirituelles dans le premier mouvement, le soyeux et l’élégance du phrasé plus que l’articulation, créant une aura sonore et poétique hors du temps. La polyphonie s’épanouit sereinement dans le mouvement lent, parvenant à la chair nue de l’émotion dans la réexposition amenée par le soliste dans la nuance la plus ténue. Le rondo final devient du pur théâtre, Muti privilégiant dans ce dernier épisode les jeux d’ombre et de lumière entretenus par Mozart jusqu’à la reprise ultime et radieuse du refrain.

Œuvre d’un jeune fou – a 21 ans lorsqu’il la compose – toujours surprenante, jamais ennuyeuse mais en constant décalage avec le propos liturgique, la Messe Solennelle sort en effet des canons académiques ; Berlioz recherche les contrastes dramatiques, multiplie les trouvailles sonores parfois malhabiles qui mettent l’orchestre comme le chœur à rude épreuve. Muti souligne avec une certaine complaisance l’aspect opératique des pages du Credo sollicitant les sonneries de cuivres et la puissance tellurique des fortissimi. Si le chœur manque parfois de forces vives pour répondre aux exigences d’une écriture hautement fantaisiste, l’excellent trio de solistes donne le change à un orchestre en verve auquel Muti confère un éclat qui force l’admiration.

Crédit photographique : © DR

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