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Era La Notte de Anna Caterina Antonacci

Ce spectacle créé le 29 janvier 2006 au Grand Théâtre du Luxembourg est une pure merveille. « L’orchestre, je l’ai rêvé comme une boîte à musique. Musique mentale. Je voulais le baroque du Seicento, cette « nuance du bizarre » pour offrir à ce personnage toutes les libertés du dire et du geste, tous les miroirs, tous les superlatifs du langage musical et du corps. Ce pourrait être les Scènes de la vie d’une femme. Une femme dont on comprend – et l’ambiguïté me tient à cœur – qu’elle est devenue folle. Par amour sans doute. Ou parce qu’il y a eu un abandon ; ou une perte ; une injustice, un destin ; ou tout autre blessure définitive, qu’il appartient à chacun de reconnaître » ().

A partir de musiques de , , et Pietro Antonio Giramo, tous représentatifs de ce Seicento italien si novateur, a imaginé ce poignant opéra de chambre. Ces compositeurs font depuis longtemps partie du répertoire d’. L’important était de créer un lien entre ces déplorations et de construire une dramaturgie cohérente sur le thème de l’amour et de la passion. Juliette Deschamps, qui fut l’assistante de Iannis Kokkos au Châtelet en 2004 pour Les Troyens de Berlioz, réussit son pari avec beauté et raffinement.

Sur une scène vide, éclairée seulement par une haute rampe de nombreux cierges allumés, quelques seaux, une petite cage, une armure et sur le devant de scène un plan d’eau qui va de jardin à cour et qui change de couleur au fil de l’histoire et où se reflète le feu des bougies.

Du fond noir, vêtue d’un long manteau sur une jupe tenue par une large ceinture, apparaît , folle d’amour et de passion dans La Pazza de Giramo avant de devenir une bouleversante Arianna emportée par l’abandon. La passion toujours avec Lagrime mie de . Changement de costume pour le Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, symbolisé par l’armure posée sur la scène. Armée d’une épée, vêtue d’un tailleur noir veste-pantalon sur lequel repose un ample manteau d’or, la divine chanteuse exalte le destin de Clorinda que la mort emporte. Les applaudissements éclatent tandis que le noir emplit la scène.

Le Cercle des Musiciens de l’Harmonie accompagne avec élégance et finesse la beauté de ce spectacle d’une bouleversante sensualité. On est envoûté par l’aisance d’Anna Caterina Antonacci, la grande beauté théâtrale de son jeu, ses nuances intimes et profondes, son humanité. La « bellissima italiana » a chanté à plusieurs reprises les subtils et fascinants lamenti, ce programme enregistré pour Naïve. Ce qui lui permet d’en affronter avec magie toutes les difficultés vocales. On se souvient qu’elle fut une éblouissante et inoubliable Cassandre dans Les Troyens de Berlioz, magnifiquement mis en scène par Iannis Kokkos au Châtelet en 2004. Superbe également dans Le Couronnement de Poppée de Monteverdi au TCE et à Garnier et dans La Juive à l’Opéra Bastille. Sa tessiture ample, son timbre chaud et cuivré, son sens de la passion et de la dramaturgie, sa présence envoûtante font d’elle une des plus grandes sopranos de notre temps. A souligner également la beauté et l’élégance des costumes de .

Un spectacle à voir et à revoir sans modération

Crédit photographique : © Magali Bouchet