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Yannick Nézet-Séguin : retenez ce nom !

Furtwängler, Karajan, Wand, Klemperer, Celibidache… Ces géants ont longtemps été considérés comme les seuls à pouvoir faire ressortir les grandeurs de Bruckner.

Aujourd’hui, à trente-et-un ans seulement, (lire notre entretien) s’attelle à une œuvre grandiose, la Symphonie n°7, et en propose une version qu’on peut dire exceptionnellement inspirée, de la première à la dernière mesure.

La n°7 est la seule symphonie d’ qui n’existe que dans une seule version, celle de Leopold Nowak, qui reproduit sans changement l’édition officielle de Robert Haas. Créée triomphalement à Leipzig, elle exprime à merveille l’art du compositeur ; art de la forme et de la couleur orchestrales, art de l’émotion et des sentiments ; la passion, la tension, la tendresse et le drame se mêlent dans cette immense fresque orchestrale, faite de montées en puissance, de paroxysmes glorieux, de revirements soudains, ou de subtiles transitions…

Entre noblesse majestueuse et force tranquille, Yannick Nézet évite toute interprétation grandiloquente de l’œuvre, préférant inviter des couleurs orchestrales subtiles, des nuances éblouissantes et transcendantes, et un son riche, empreint tantôt de dynamisme, tantôt de sensibilité. Dans le gigantesque premier mouvement, il parvient à créer une tension et une intensité dramatique, maîtrisée jusqu’à l’explosion finale des cuivres. L’Adagio qui suit (qui, pour l’anecdote historique, servit à annoncer la mort du Führer à la radio le 30 avril 1945 avant de servir de support musical au film Senso le Visconti), est parfaitement contrôlé ; Yannick Nézet Séguin y est très inspiré cependant : nuances, dynamique, tempo, tout concorde à la «douloureuse méditation» dont parlait Furtwängler pour cette célèbre page. Le Scherzo est peut-être le mouvement le plus éclatant, tant par le jeu virtuose de l’ du Grand Montréal, que par la vision claire et sensible du jeune chef. En cherchant toujours l’émotion et en faisant ressortir des éléments de détails, dans les bois notamment, il parvient à ôter à Bruckner son décorum d’austérité massive et grandiloquente et à privilégier avec une force sereine la profondeur des sentiments. Le Finale s’ouvre avec tension et énergie, tirant de son orchestre un legato et une dynamique d’ensemble impressionnante, mais dans un son toujours clair, parfaitement rendu par l’acoustique de l’Église Saint-Nom-de-Jésus, et par l’excellent enregistrement d’Atma.

De Jochum, Yannick Nézet-Séguin a cet art du rubato et du rallentendo subtils et discrets… De Klemperer, il a l’intensité dramatique, la clarté des intentions, et la pureté du son de l’orchestre. De Furtwängler, il a cette respiration, cette façon de laisser chanter la phrase, de faire primer l’émotion sur la partition…

De Giulini son mentor, enfin, il a ce caractère passionné, tendre mais radieux, d’un talent mis tout entier au service de la musique… Yannick Nézet-Séguin : retenez ce nom !

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